Justine Gegu : « Je me suis énormément mis la pression »

Crédit photo Freddy Guérin - DirectVelo
Les nerfs ont lâché. Déjà sur le podium, Justine Gegu a éclaté en sanglots au moment d'entendre son nom pour récupérer la médaille de bronze autour de son cou, qu'elle a obtenue ce vendredi au Championnat de France des Herbiers. Puis même à la descente du podium, la sociétaire du Team ELLES-Vertou-Rayo'Nantes a refait le match un moment avec ses proches, consciente qu'elle revenait de loin après des derniers kilomètres à suspense. Puis le troisième acte est arrivé en conférence de presse. Émue dès ses premiers mots, la coureuse de 26 ans a eu besoin de regarder le plafond à plusieurs reprises pour ne pas perdre complètement ses nerfs. Finalement, elle n'a pas pu empêcher quelques larmes de couler le long de ses joues, ni sa voix de chevrotter. DirectVelo est revenue avec Justine Gegu sur cette journée intense émotionnellement, elle qui admet avoir cédé à une pression et un stress colossaux.
DirectVelo : Cette médaille de bronze paraissait bien loin à quelques kilomètres de l'arrivée...
Justine Gegu : Elle était vraiment, vraiment loin. Je me suis énormément mis la pression pour cette course. J'étais stressée depuis hier, vraiment énormément. Toute la nuit, toute la journée, toute la course. Jusqu'à ce que ça se décante un peu. Et au moment où ça se décante, je crampe. Là, je me dis que ça va être dur, que ça va être décevant et que ça va être triste. Parce que j'avais vraiment bossé le truc. On s'est retrouvés à cinq à rouler derrière.
Et c'est revenu !
Il y a un mois, on a fait une course où on n'était pas représentées à l'avant, et Elisa Lemetayer avait dit toute la course « tant que la ligne d'arrivée n'est pas passée, rien n'est fini ». J'ai pensé à ça, en plus elle a roulé dans le final. Quand j'ai vu que ça ne roulait plus, je me suis dit qu'il fallait y aller de loin et progressivement. Parce que si je me mettais debout, j'allais cramper. Donc je suis partie de loin et je suis revenue. C'était irréel de revenir à ce moment-là de la course. Sur un sprint comme ça, en haut du Mont des Alouettes, c'est fou de finir 3e. Ce n'est pas un profil qui me correspond.
« C'ÉTAIT VRAIMENT TRÈS STRESSANT »
Tu as vu cette médaille perdue quand le coup est sorti ?
Franchement, oui. En fait, je voulais y croire et il restait 35-40 secondes. Il y avait une petite partie de moi qui me disait que ça pouvait se regarder. Même si dans ma tête, ce n'était pas possible. Je sais que les filles devant ne voulaient pas arriver avec moi au sprint. Malgré tout, ce n'était que des leaders devant. Et quand il n'y a pas de coéquipières devant, il peut se passer tellement de choses. C'est un Championnat de France, il peut tellement tout se passer tout le temps. Dans le dernier tour, on essayait de s'encourager comme ça, avec les filles de Lanester, avec Elisa. On disait : « allez, ça va rentrer, ça peut se faire, ça va se regarder ». Quand je passe la ligne, je vois que je fais 3e, je ne m'en rends pas compte. Ça a une saveur un peu différente de l'année dernière. Parce que la course était différente et que c'était vraiment très stressant. Plus que l'année dernière, je dirais.
Cette médaille a l'air d'avoir une saveur particulière...
J'ai énormément travaillé pour arriver là. Je travaille à temps plein. Ça fait des mois que je bosse pour réussir à faire quelque chose ici à 30 minutes de la maison. C'était des mois difficiles mentalement en me disant que je ne voulais vraiment pas louper l'événement. Mais je n'y croyais pas parce que c'est un circuit qui ne me correspond vraiment pas. Je ne voulais pas y croire, mais je voulais juste arriver en me disant que j'allais tout faire pour aligner les étoiles. Franchement, si on m'avait mis un contrat devant moi pour faire 3e, en haut du Mont des Alouettes en Vendée... Ben oui, j'aurais signé, même si ce n'est pas la victoire.
« C'ÉTAIT DES SEMAINES FATIGANTES »
On sent beaucoup d'émotion... Elle vient d'où ?
Ouais... C'est tout le travail. C'était dur (sa voix se met à trembler, avant d'échapper quelques larmes NDLR). Franchement, c'est dur. On bosse à fond. Je bossais en 35-40 heures. Je m'entraînais 20 heures par semaine. Et c'était des semaines fatigantes. Là, je suis fatiguée. Mais je suis contente. Je remercie mon entraîneur qui m'a suivie là-dedans. Et surtout mes coéquipières et mon équipe. Elles ont toutes cru en moi. Ça peut paraitre con d'être émue pour ça, mais chacun réagit comme il peut. Moi je suis contente d'être là. J'aime ce que je fais. Je suis passionnée. J'adore mon quotidien. J'adore m'entraîner.
Tu continues d'être parmi les meilleures amatrices depuis plusieurs années, tu gardes toujours la même motivation ?
Ce qui est génial, c'est que je passe des paliers petit à petit et je ne me lasse jamais de partir à l'entraînement, de bosser et de charbonner encore et encore pour atteindre mes objectifs. J'ai passé des heures difficiles sur le vélo. Des journées difficiles où je bosse. Je vais rouler le midi. Je mange à l'arrache devant mon ordi. Je rebosse. Je me couche tôt. Et je recommence. Mes proches m'ont soutenue là-dedans. C'est forcément émouvant. Mais c'est surtout la difficulté du truc. Et j'espère que je passerai au-dessus pour essayer de vivre un truc différent et d'être moins fatiguée dans le quotidien. Je pense que l'émotion se relâche parce que c'est dur de faire tout ça. J'étais tout le temps sous pression. Je veux remercier aussi mes collègues de « Savoir rouler à vélo ». On passe nos journées ensemble avec Hugo et Arnaud. Tous les jours ils me rappelaient cette course, et pour déstresser, on disait qu'on préparait Morteau. Je pense que tout le monde est fier de cette 3e place. Ça fait plaisir pour le club de la Roche parce que je travaille là-bas. Et ça montre que la Vendée est une terre de vélo.
« ÇA A ÉTÉ UNE GROSSE DÉSILLUSION »
C'est encore La Roche qui gagne, là où tu travailles alors que tu cours pour l'autre club de la région...
Je prends énormément de recul par rapport à ça. J'ai vraiment trouvé mon équilibre. Ça me permet de me mettre moins de pression parce que quand je vais au travail, je suis au travail et je ne suis pas dans le vélo. Quand j'avais cette double appartenance, la Team Elles était une équipe et on était chacune pour notre club. À chaque fois que j'allais au travail, je ne débranchais jamais parce que c'était à la fois mon travail et mes entraînements. Maintenant, ça m'a permis de prendre du recul et de m'enlever de la pression au quotidien. C'est une particularité, c'est sûr, mais on a trouvé un équilibre par rapport à ça. Je vais dans les écoles, mon travail n'a aucun rapport avec la compétition. J'apprends aux enfants le code de la route, donc je ne travaille pas dans Ladynamips. Le travail n'est pas mon entraînement. Quand j'en sors, c'est là que je m'entraîne. Ça me permet d'être libre dans ma tête.
Tu arrives toujours à croire à un passage professionnel malgré ces nombreuses années en amateurs ?
Ça a été très compliqué cet hiver parce que l'année dernière, j'y ai cru énormément. Ça a été une grosse désillusion quand je me suis rendu compte que c'était fini et que je n'allais pas avoir de progression, que je n'allais pas passer. J'y ai cru dur comme fer l'année dernière. Ça a été dur. Je n'avais pas baissé les bras mais dans ma tête, je me suis dit que c'était mort. Là, je pense que j'ai prouvé sur les UCI. Je prouve encore aujourd'hui. Quelqu'un m'a dit que les trois filles sur le podium passeraient pro à la fin de saison et que si ce n'était pas le cas, ils ne croiraient plus au cyclisme amateur. Moi, j'y crois. Je crois que ça forme les futurs pros. J'espère que l'année prochaine, je ne serai plus sur le France Amateur.
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