Vincent Lavenu : « Avec Ma Petite Entreprise, j’apprends tous les jours »

Crédit photo Nicolas Gachet / DirectVelo

Crédit photo Nicolas Gachet / DirectVelo

Toute l’équipe de Ma Petite Entreprise avait donné rendez-vous ce jeudi soir à Chambéry, au pied des locaux de l’entreprise Alpes Communications Systems. C’est là qu’en 2020, Emeric Ducruet avait fait part à son associé, Olivier Pizzo, de sa volonté de monter une équipe cycliste. Aujourd’hui, ils sont nombreux à ses côtés à réfléchir pour trouver des solutions - et surtout de l’argent - afin de lancer l’équipe en 2026. Alors que le projet initial était la création de deux Continentales, hommes et femmes, l’équipe de Ma Petite Entreprise travaille aujourd’hui à la mise en place d’une ProTeam de douze filles, avec une grande majorité de Françaises.

Comme Emeric Ducruet, Michaël Amand, Simon Savre ou Marion Prodhomme, Vincent Lavenu a pris la parole ce jeudi devant une nombreuse assistance composée d’entrepreneurs et de personnalités du cyclisme local. Écarté de l’équipe Decathlon AG2R La Mondiale il y a bientôt un an, Vincent Lavenu est devenu depuis cet hiver un pilier de Ma Petite Entreprise. Il a fait le point avec DirectVelo.

DirectVelo : Quelle chance donnes-tu à l’équipe de partir en ProTeam Femmes en janvier 2026 ?
Vincent Lavenu : On est optimistes, on voit bien que la trajectoire va dans le bon sens, mais on appuiera sur le bouton du GO le jour où on sera sûrs. On travaille au quotidien pour que ce modèle économique fonctionne, en sachant qu’il n’est pas simple. Un gros partenaire pour une équipe, c’est déjà difficile à trouver, mais tu portes toute ton attention sur lui. Là, il y a des centaines et des centaines d’entreprises (environ 400 à ce jour, NDLR), ça veut dire qu’il faut faire systématiquement des démarches. Même si le projet est pratiquement unanimement reconnu, il faut aller plusieurs fois vers les gens pour leur dire : « Allez, tu signes ? ». C’est beaucoup de temps et d’énergie pour tous les protagonistes de ce projet.

Ce qui ne t’a pas empêché de le rejoindre…
C’est beaucoup de plaisir et de bonheur pour moi. Je trouve que c’est un projet qui a du sens et qui défend l’entrepreneuriat français. Dieu sait si les entreprises françaises doivent être défendues, parce qu’on sait ce que c’est que diriger une entreprise. Il faut se lever le matin, prendre des risques, avoir du courage pour se battre tous les jours contre toutes les contraintes. Il y a une grosse similitude avec le sport cycliste : un coureur se bat tous les jours, il a du courage et prend des risques. C’est exactement ce qui se passe au niveau d’un entrepreneur. Ce projet-là me plaît bien. On y croit tous et on veut tous que ça réussisse.

As-tu hésité à le rejoindre ?
Quand Emeric (Ducruet) m’en a parlé la première fois, il m’a dit : « Tu as vu ce que je fais ? ». Je n’avais pas spécialement vu, alors je m’y suis intéressé. J’ai trouvé que c’était un projet plein de sens. J’ai dit assez rapidement oui à Emeric et Michaël (Amand) pour apporter ma contribution, donner des conseils et activer mon réseau. Je fais en fonction de mon instinct, de mes envies, de ce que je ressens, et je veux travailler avec des gens avec qui j’ai envie de bosser. Je les connaissais du club de La Motte-Servolex Cyclisme. Pour eux, ce projet un peu fou est un rêve. Évidemment, entre le rêve et la réalité, il y a plein d’obstacles à faire tomber. Et avec l’expérience que j’ai pu acquérir depuis plus de 30 ans, je sais qu’il y a des chemins vers lesquels il faut aller. Je ne suis qu’un partenaire bénévole. Je pense que c’est important d’apporter ma contribution à tous ces gens qui, eux, dirigent des entreprises et passent beaucoup de temps pour que ça marche. La vision des entrepreneurs à l’initiative de ce projet est une vision saine et basée sur la passion. De mon côté, avec Ma Petite Entreprise, j’apprends tous les jours.

« IL Y A 30 ANS, IL S’EST PASSÉ QUELQUE CHOSE »

Même si tu avais de nombreux petits partenaires au début de Chazal ?
Oui mais ça reste quelque chose de nouveau. Ce projet montre surtout qu’il y a de la place pour tout le monde. Il y a des grandes entreprises qui développent des valeurs, qui fonctionnent très bien à l’international - et c’est tant mieux pour notre pays -, mais il y a aussi toute la richesse apportée par les petites entreprises. C’est 85% du PIB de la France. Pour le vélo, c’est pareil. C’est un nouveau projet, c’est quelque chose sur lequel il faut qu’on avance, mais je crois qu’il y a de la place pour tout le monde.

Pour toi, c’est une façon de totalement tourner la page de Decathlon AG2R La Mondiale ?
La seule chose que je peux dire, c’est qu’évidemment, j’ai vécu une période difficile. Le fait de retrouver des gens qui ont le même amour que moi du vélo m’aide à être heureux.

Souhaites-tu devenir salarié de la structure dans le futur ?
On verra, je ne tire pas de plan. Aujourd’hui, j’essaie d’apporter mon expérience pour les aider à partir. Ce que je souhaite, c’est réussir à faire en sorte qu’ici, dans notre bassin chambérien, savoyard et régional, même si le projet est national, on recrée cette dynamique qui a fait autant de bien au vélo dans notre région. Si on regarde bien, aujourd’hui, vous avez une vingtaine de coureurs professionnels qui habitent ici. Pourquoi ? Parce qu’il y a 30 ans, il s’est passé quelque chose. Entre-temps, il y a eu le centre de formation qui a fait venir des jeunes coureurs. On s’est occupé de former des coureurs, d’avoir un double projet, d’envisager de passer pro, mais aussi de ne pas laisser tomber leurs études et d’avoir un avenir social. On veut faire pareil au niveau des filles. Donc si on arrive à créer cette dynamique chez les filles, demain, il y aura vraiment un succès quotidien encore plus fort, notamment ici.

« FAIRE LES DEUX ÉQUIPES »

Contrairement à ce qui était espéré au début, il n’y aura pas d’équipe masculine en 2026…
D’une part, la trajectoire financière ne nous permettait pas de faire les deux équipes dans un premier temps. Et d’autre part, il y a aussi les contraintes liées au numerus clausus mis en place par la Ligue : il y a déjà dix équipes pros et ils n’en veulent pas plus. Il faut aussi être adossé à une équipe N1 depuis au moins deux ans. Et une autre chose ; si tu passes aujourd’hui pour monter une Continentale, tu deviens la dixième équipe. Ça veut dire que toutes les grosses équipes se sont déjà servies. Et pour toi, c’est beaucoup plus difficile de recruter des coureurs performants. Donc, c’est un travail de plus longue haleine. Mais l’objectif à terme, c’est effectivement de faire les deux équipes.

Quelle est la date-clé pour savoir si la ProTeam Femmes partira ?
C’est toujours fin septembre pour le dépôt du dossier auprès de l’Union Cycliste Internationale, mais la décision, on la prendra avant, évidemment.

Les prochaines semaines seront donc cruciales…
On a des tas de rendez-vous à venir, notamment avec des entreprises d’un certain niveau. Dans le schéma, il y a différents paliers. Les quatre premiers sont accessibles pour les TPE et les PME. Et puis, il y a des paliers un peu plus importants : à 50 000 et 100 000 euros, voire même la possibilité d’un partenariat plus conséquent, qui concernera des entreprises un peu plus grandes aussi. On a déjà des contacts bien avancés. Mais encore une fois, ça prend du temps. Ce qui est sûr, c’est que si une ou deux grosses entreprises nous suivent, cela permettra de déclencher l’opération plus vite.

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