Julien Bernard : « C’est toujours le casino »

Crédit photo Nicolas Mabyle / DirectVelo

Crédit photo Nicolas Mabyle / DirectVelo

Une fois encore, Julien Bernard n’a pas compté ses coups de pédale, ce jeudi, lors de la cinquième étape du Critérium du Dauphiné. Le Nivernais a passé de gros relais en tête de peloton pour permettre à son leader Jonathan Milan d’avoir une chance de jouer la victoire d’étape au sprint dans les rues de Mâcon (Saône-et-Loire). Mission accomplie puisque les derniers rescapés de l’échappée ont été revus à deux bornes de la ligne. Malheureusement pour la Lidl-Trek, le Transalpin n’a cette fois-ci pas été en mesure de conclure, le Britannique Jake Stewart se montrant le plus rapide. Quelques heures plus tôt, au départ de l’étape à Saint-Priest (Rhône), DirectVelo avait fait le point avec l’athlète de 33 ans pour évoquer son échappée de mardi vers Charantonnay, son travail auprès de Jonathan Milan en comparaison de celui plus habituel autour de Mads Pedersen, et ses ambitions pour le prochain Championnat de France, lui qui avait décroché l’argent l’an passé et le bronze il y a deux ans. Entretien.


DirectVelo : Mardi, tu es parvenu à prendre l’échappée qui est allée au bout, avec le coup double d’Ivan Romeo. Avec un peu de recul, as-tu le sentiment d’être passé possiblement à côté de quelque chose de grand, ou n’éprouves-tu aucun regret quant au scénario du final ?
Julien Bernard : C'est toujours compliqué à dire. J'ai revu le final après coup, un petit peu, et on a débriefé cette fin de course avec le staff. Ce n'est jamais évident dans ces situations, c'était un final assez tactique. Sur l’ensemble d’une saison, il est rare que je puisse jouer ma carte pour une victoire d’étape. Alors forcément, quand j’en ai l’occasion, j’essaie de ne pas me louper.

Tu devais anticiper pour éviter un sprint, notamment face à Mathieu Van der Poel…
J'ai joué mon va-tout dans la bosse, surtout pour essayer que ce soit de plus en plus dur. Mais on était toujours nombreux après la bosse et c’est devenu plus difficile à manœuvrer. D’ailleurs, même Mathieu (Van der Poel), qui a l’habitude de jouer et de gagner, n’a pas réussi à bien gérer ce final. Dans ces conditions, honnêtement, je n’ai pas spécialement de regrets. C'est sûr que c'est frustrant parce qu'il n'y a pas beaucoup d'occasions et quand on les a, on a envie d’en profiter et de gagner. Avec le recul, il faut aussi se rendre compte que sur un final plat comme celui-là, c'est toujours, au moins en partie, du casino. On s'est beaucoup regardé et c'est un petit peu la roulette.

« ÇA VA ÊTRE COMPLIQUÉ, MAIS J’Y CROIS »

Tu travailles cette semaine au côté de Jonathan Milan, alors que tu as généralement l’habitude de faire partie du groupe autour de Mads Pedersen. En quoi est-ce similaire ou différent ?
Ce ne sont pas les deux mêmes coureurs. Mads aime bien que la course soit très, très dure. Dans ces conditions, on n’hésite pas à accélérer dans toutes les bosses, à faire les plus gros tempos possible car on sait qu’il est capable de les accepter et de tenir à des rythmes très élevés, et on peut donc éliminer d’autres sprinteurs. À l'inverse, pour Jonathan, on mise beaucoup sur sa pointe de vitesse et sur des sprints vraiment massifs. On sait que si on l’emmène aux 200 mètres en première position avec beaucoup de vitesse en tête de peloton, il a de grandes chances de gagner. Mads veut user ses adversaires avant le sprint, ce qui n’est pas le cas de Jonathan.

Après le Dauphiné, ton prochain rendez-vous sera le Championnat de France. Tu as réalisé la très grande performance de terminer deux fois sur le podium ces deux dernières saisons bien qu’isolé face aux collectifs imposants des équipes françaises. Peux-tu rêver du titre cette année ?
J’ai peur que le parcours ne soit pas assez dur pour moi cette année, mais on ne sait jamais comment ça peut se passer. C’est toujours le casino, là aussi. Il y a beaucoup plus de chances que je perde plutôt que je gagne, c'est une certitude. Il faudra que j'essaie de bien jouer dans le final, d'analyser la course comme il faut, et essayer d'arriver seul ou avec des coureurs que je peux battre au sprint, pas comme l'année dernière… C'est vrai que ça va être compliqué, mais j'y crois. La condition est bonne alors on ne sait jamais.

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