Bruno Armirail : « J’y pense régulièrement »

Crédit photo Nicolas Mabyle / DirectVelo

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Il y a un an, Bruno Armirail passait tout près d’une victoire de prestige sur les routes du Critérium du Dauphiné. Repris à 200 mètres de la ligne d’arrivée dans le brouillard du Col de la Loge, le Pyrénéen était passé à la fois à côté du succès et du maillot jaune. Le voilà de retour sur l’épreuve WorldTour, cette semaine, et il se pourrait bien que le rouleur de Decathlon AG2R La Mondiale tente à nouveau le coup, à quelques jours de remettre son titre en jeu lors du Championnat de France chrono. DirectVelo s’est entretenu avec l’athlète de 31 ans à l’hôtel de la WorldTeam savoyarde. Entretien.


DirectVelo : Comment la saison se déroule-t-elle pour toi jusqu’à présent ?
Bruno Armirail : Ça a été assez correct, je pense. J’ai fait un gros enchaînement de courses par étapes WorldTour : UAE, Paris-Nice, Catalogne et Pays Basque. Je me sentais de mieux en mieux au fil des courses. En Espagne, après des échappées, je me suis retrouvé deux fois à jouer le classement de la montagne, même si ce n’était pas forcément voulu initialement. Ce n’était pas un objectif prioritaire mais ça fait toujours plaisir de jouer quelque chose et de ramener un maillot (il a terminé meilleur grimpeur du Tour du Pays Basque après avoir également porté la tunique au Tour de Catalogne, NDLR). J’ai eu une longue période de repos après le Pays Basque, je n’ai pas couru depuis. J’ai fait un stage en altitude au mois de mai, pendant 19 jours.

« LA BOSSE RISQUE DE BEAUCOUP COMPTER »

Qu’attends-tu de ce Dauphiné ?
Je vise le chrono même s’il y a une bosse très dure au milieu. C’est un chrono atypique, plat au début et à la fin mais avec ce mur à la fin. Sachant que le chrono ne fait pas 35 ou 40 bornes, la bosse risque de beaucoup compter, ça va changer beaucoup de choses. On verra bien, je vais me battre. Outre le chrono, il devrait y avoir plusieurs opportunités.

Cette semaine, tu vas également épauler Paul Seixas. Quel regard portes-tu sur ton tout jeune coéquipier ?
Il faut relativiser cette semaine sur le Dauphiné. Il a le temps, quoi qu’il arrive pendant huit jours ici. Il a déjà prouvé beaucoup de choses, de l’UAE au Tour des Alpes. Je ne suis pas inquiet pour lui. Bon, il n’a que 18 ans et d’autres jeunes ont déjà marché très forts avant d’avoir plus de mal à confirmer, mais Paul me semble avoir encore une très grosse marge de progression. Il grimpe très bien, il roule fort en chrono, il est rapide au sprint, il se place super bien. Il a tous les atouts pour pouvoir potentiellement, un jour, remporter le Tour de France.

« QUAND C’EST AUSSI COURT, IL PEUT Y AVOIR BEAUCOUP PLUS DE CANDIDATS »

Que peux-tu lui apporter, notamment face à l’horloge ?
Il s’y connaît déjà beaucoup (rire). Mercredi, suivant les reco et les horaires de départ, ce ne sera pas forcément évident. Ce sera sûrement plus facile de l’aiguiller lors du chrono du Championnat de France, où l’on pourra vraiment rouler ensemble en amont sur le circuit. Là, sur 17 bornes, c’est particulier. C’est ce qu’ils font en Juniors, il ne va pas être dépaysé.   

Ce chrono sera, comme souvent, la dernière préparation grandeur nature en vue du Championnat de France de la discipline, à la fin du mois. Tu vas défendre ton titre et Paul sera d’ailleurs, peut-être, l’un des candidats à ta succession !
Oui, sur cette distance (26,5 km, NDLR), peut-être. On ne sait jamais. Quand c’est aussi court, il peut y avoir beaucoup plus de candidats que sur une distance plus longue. Ce n’est pas forcément pour m’avantager car je préfère les chronos plus longs, ça permet généralement de faire plus de différences. J’irai pour le titre quand même, bien sûr, mais ça risque d’être très ouvert. Il faudra faire face à Kévin Vauquelin, Thibault Guernalec qui a fait un très bon chrono en Romandie (7e du prologue puis encore 7e du chrono final, NDLR), Rémi Cavagna qui revient bien aussi, Benjamin Thomas, Pierre Latour qui a démontré qu’il était en forme en Mayenne… Je n’oublie pas non plus Alexys Brunel, et il y en a encore d’autres. Il ne faut sous-estimer personne.

« CE SONT DES OCCASIONS RARES »

Revenons au Dauphiné : l’an dernier, tu étais passé à 200 mètres de décrocher une victoire de prestige. À chaud, tu nous avais dit que tu n’étais pas près de l’oublier…
C’est le cas ! J’y pense régulièrement. Ça aurait été ma première victoire chez les pros sur une course en ligne (il est double Champion de France du chrono et avait également remporté le contre-la-montre du Tour Poitou-Charentes par le passé, NDLR). Je n’ai pas eu d’autres opportunités de briller comme ça depuis. On sait que ce sont des occasions rares. Sur le papier, la Vuelta aurait pu être une occasion de tenter l’an passé mais on a eu le maillot de leader à défendre (Ben O’Connor avait porté le maillot rouge durant treize journées, jusqu’à la veille de l’arrivée finale, NDLR). Ce n’est pas un regret car je me suis régalé à défendre un maillot. Tout ça pour dire que ça n’arrive pas tous les jours, ce qu’il s’est passé au Dauphiné. En plus, le maillot jaune aurait pu être au bout également. Après le maillot rose du Giro, ça aurait été énorme.

Gagner une étape sur une grosse épreuve WorldTour du calendrier est ton objectif principal ?
Oui, je sais que c’est possible et ça fait forcément envie. Ce serait beau. C’est l’avantage chez Decathlon AG2R La Mondiale aussi. On a de très bons coureurs mais on a quand même des libertés pour aller devant et tenter des choses. On n’a pas Tadej Pogacar dans l’équipe, on n’a pas toute une équipe qui n’est là qu’au service d’un leader à 100%. Cela dit, j’adore aussi le rôle de rouler pour un leader. La Vuelta pour Ben, c’était génial. Il était super content de notre travail et très reconnaissant. On avait un super groupe sur cette Vuelta. Ce qui est frustrant, c’est d’être interdit d’aller dans une échappée pour un leader qui va faire entre 8 et 12 derrière. Mais ce n’est pas le cas. Si Félix (Gall) ou Paul (Seixas) prend le maillot jaune sur un Dauphiné ou un Tour de France, ça ne me dérangera pas de rouler pour eux (rire). Ce sera même avec grand plaisir. C’est un rôle polyvalent, finalement, entre des opportunités d’échappée et un rôle de solide équipier. C’est top. 

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