Julien Marin : « Je ne réalise pas trop »

Crédit photo Philippe Pradier - DirectVelo

Crédit photo Philippe Pradier - DirectVelo

Homme fort du peloton amateur, souvent placé, même vainqueur à plusieurs reprises, Julien Marin n'avait pourtant jamais levé les bras sur une Elite. Ce dimanche, l'anomalie est réparée pour celui qui est dans le Top 15 du Challenge DirectVelo, puisqu'il s'est imposé au Grand Prix d'Is-sur-Tille (voir classement), dans un registre plutôt original pour lui. Car malgré six tours d'un circuit usant, c'est au sprint massif que la décision s'est faite, et le coureur d'Hexagone-Corbas Lyon Métropole a grillé la politesse à plusieurs hommes rapides en Côte d'Or. Surpris de lui-même, Julien Marin est revenu avec DirectVelo sur ce succès qu'il attendait, mais a aussi évoqué son rapport au sprint et à la compétition, lui qui a 24 ans s'autorise une année complètement dédiée au vélo.


DirectVelo : Tu t'imposes enfin en Elite !
Julien Marin : Oui, c'est la toute première de ma carrière en Elite. Honnêtement, je ne réalise pas trop parce que j'ai toujours un peu peur dans les sprints massifs. Et là, le fait d'avoir un sprinteur dans l'équipe en la personne de Bohemond Barrillot, c'est vrai qu'on se sent plus à l'aise et qu'on est plus à même de frotter pour faire sa place. On était trois dans l'équipe encore pour l'amener, mais malheureusement on a mal communiqué avec Simon Robin à l'approche du sprint. Lui, il lui a dit de prendre sa roue, et moi je lui ai dit de prendre la mienne. J'étais sur la gauche et ça s'est ouvert au dernier moment.

Et donc tu as fait ton sprint !
J'ai pris l'extérieur du virage. Je suis sorti plus vite que tout le monde. Je crois même que je fais ma meilleure puissance de tous les temps sur le sprint à la fin, au bout de trois heures et quelques de course. Je ne sais pas quoi dire. Je suis très content mais très surpris de ma première victoire. Mais c'est bon à prendre. C'est ma deuxième victoire de la saison. Depuis que je fais du vélo, je n'ai jamais gagné plus de deux fois. Il y a mai et juin qui sont très importants et qui arrivent. J'espère que ça va continuer sur cette belle dynamique. On a la Coupe de France. Je fais aussi les Boucles de la Charente. Et la Coupe de France chrono où ce sera vraiment le collectif qui parlera.

« ON ÉTAIT DANS UNE MAUVAISE PÉRIODE »

Le fait que la course soit aussi usante explique que tu puisses réussir à gagner un massif ?
Oui. En fait, je n'avais jamais fait cette course. Et quand j'ai vu le profil, quand on a reçu la convocation, je me suis dit que ce n'était pas une course facile. Et quand j'ai regardé les résultats des années précédentes, en fait, ça arrive tout le temps au sprint quand même (rires). Du coup, je me suis dit qu'on allait emmener notre sprinteur Bohemond qui revient d'ailleurs de blessure. On ne savait pas trop comment il allait être. Puis je me suis dit que ça allait être compliqué d'aller gagner cette course parce que je ne suis pas le meilleur sprinteur. Il y a des sprinteurs très rapides comme Marius Macé, Gari Lagnet, Enzo Boulet, et d'autres... Moi, je ne fais pas partie de cette tranche-là. Normalement, je me suis plus spécialisé quand c'est plus dur et que ça arrive en petit comité. Maintenant, pour ma première victoire de l'année, j'arrive à deux avec Louis Hardouin et je parviens à gagner. Et là, on arrive au sprint massif (sourire).

Quel est ton rapport au sprint ?
Quand j'étais jeune, j'étais un peu plus massif. J'ai toujours bien aimé sprinter. Mais c'est vrai qu'à l'entraînement, les données ne sont pas non plus exceptionnelles pour me permettre de gagner des sprints massifs. Mais je me rends compte qu'au bout d'une heure ou au bout de 3h30, j'ai les mêmes puissances. Quand toutes les planètes sont alignées et que j'arrive à trouver l'ouverture, j'ai de la force et je m'entraîne pour ça. Je suis très content pour l'équipe, pour moi. On était dans une mauvaise période. Ça fait trois-quatre semaines qu'on est dans une mauvaise dynamique. On a quelques petits résultats. On est dans le Top 10, le Top 15 à chaque fois, à chaque course. Mais on n'arrivait pas à se trouver.

« J'AI DÉCIDÉ DE NE FAIRE QUE DU VÉLO SUR UN AN »

C'est le bon moment pour relancer la machine, alors que la Coupe de France N1 approche...
Il manque encore un petit niveau pour faire mieux. Mais je crois qu'on en met deux dans les 5-6, dont une victoire. C'est ça qui est très important. À la fin de l'année, quand on regarde le nombre de victoires des autres équipes, on est toujours très impressionnés. Ça ne fait que la troisième année qu'on est en N1. On essaie d'exister petit à petit et ça passe par là. On a gagné dès le début de saison. On a fait une très grosse première manche de Coupe de France. On est troisième par équipe. Et c'est là qu'il faut qu'on soit et qu'on doit toujours espérer être.

Qu'est-ce qui te motive à enchainer les saisons, alors que les années passent ?
En fait, je n'ai jamais lâché mes études. J'ai validé en septembre dernier mon bac+5. Donc, j'ai décidé de ne faire que du vélo sur un an. J'adore le vélo, j'adore la compétition. Je ne vais pas mentir, comme tout cycliste, le rêve, c'est de passer professionnel. Ma copine, mes parents, tout le monde m'a dit que je pouvais faire un an à fond sur le vélo si j'avais l'argent nécessaire. Le club m'a donné l'opportunité pour ça. Maintenant, à bientôt 25 ans, je sais que ça va être très difficile, que mes chances sont proches de zéro. Mais si je n'y crois pas, personne ne va y croire pour moi. Je me donne tous les moyens possibles.

Par quels objectifs passent ce droit d'y croire ?
Il va falloir être très fort toute la saison. Il va falloir passer par des grosses performances en Classe 2, notamment à l'Alpes Isère Tour, au Championnat de France... Il y en a quelques-uns qui passent pro tard. Je me dis pourquoi pas moi. J'ai fait de longues études. C'est pour ça que je suis arrivé tard sur le devant de la scène. Je fais un gros début de saison. Maintenant, il faut confirmer en mai-juin, comme je l'ai dit. C'est ma quatrième année en Elite. Mon entraîneur m'a dit la dernière fois qu'il fallait six ans pour construire un bon coureur. Et c'est la sixième année que je fais du vélo. Apparemment, ça marche (sourire).

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