Antoine L'hote : « Ça m'a formé »

Crédit photo Auguste Devaire
Antoine L'hote entame 2025 comme il a terminé 2024 : avec des victoires. Vainqueur du Tour d'Eure-et-Loir et surtout de Paris-Tours U23 en guise de dernier jour de course (voir sa fiche DirectVelo), le coureur de Decathlon AG2R La Mondiale DT a ajouté quelques lignes à son palmarès la semaine passée, en s'imposant sur la dernière étape et au général de l'Olympia's Tour (voir classements). Des succès loin d'être anecdotiques, sur une course par étapes néerlandaise qui ressemble à quatre Classiques dans le vent et les bordures. Et surtout, avec un maillot jaune sur le dos à défendre pendant les trois derniers jours. C'est donc après une victoire pleine de sens qu'Antoine L'hote est revenu avec DirectVelo sur son week-end, dont il a tiré de nombreux enseignements en vue de l'avenir.
DirectVelo : Tu n'as pas tardé à ouvrir ton compteur !
Antoine L'hote : Je suis content parce que la première victoire, c'est pour tout le monde pareil, ça s'attend. Quand j'ai fait 2e sur la deuxième étape, j'étais déçu. Je ne suis pas un pur sprinteur, donc c'est compliqué de gagner beaucoup, et sur un circuit aussi dur, je me suis dit que ça ne passait pas loin. Je pensais que c'était une occasion loupée de me mettre en confiance. Après, j'avais le maillot donc c'était un autre challenge. Au final ça s'est fait le dernier jour avec la victoire d'étape. Je ne pouvais pas espérer mieux.
T'attendais-tu à commencer par un aussi bon chrono ?
Quand on regarde mes résultats, on voit que je ne suis pas vraiment un homme de chrono. Mais cet hiver j'ai progressé. J'avais un petit blocage, il fallait que je m'habitue au vélo de chrono, c'est une position à avoir, comme appuyer en étant aéro. Il me manquait ça. Là ça va mieux, je ne pense pas devenir un spécialiste non plus, mais un chrono court, plat, explosif, ça me convient bien. Je sentais déjà que j'étais en forme. Le but était de perdre le moins de temps possible.
« C'EST VRAIMENT UNE COURSE DE FOU »
Tu évoquais cette deuxième étape où tu passes près. Elle t'a laissé un goût amer ?
C'était l'étape cochée, on prenait pas mal de bosses de l'Amstel. J'avais fait la course l'année dernière et je trouvais que ça manquait de bosses, là il y avait 2000 mètres de dénivelé. C'était peut-être le seul jour où je pouvais être dans le coup, mais j'étais plus coéquipier à la base. Je devais faire gaffe au début à prendre les coups. Finalement une échappée s'est formée, j'y suis allé. Je ne m'affolais pas, je pensais que ça reviendrait. Et au final à 40-50 kilomètres du but, on avait quasiment 3 minutes, et on était quand même huit, donc ça pouvait aller au bout. Puis il y avait encore 1 minute aux 10 kilomètres. Et même si ça revenait, j'avais bien géré pour être présent dans le final quand même. Mais c'est plus l'aspect tactique qui a joué.
Malgré cette déception, tu as pris le maillot jaune que tu as donc idéalement défendu...
Les trois derniers jours, ce n'était que du plat, que des bordures. L'Olympia c'est vraiment une course de fou, c'est tellement plat que quand on est devant on prend le vent, et quand on est derrière on veut se replacer, donc c'est toujours du placement, des petites routes, ça roule super vite. Ça ne se pose jamais, ça fait tout le temps machine à laver. Je me disais que les trois jours allaient être longs, on n'était qu'à cinq, avec des gros collectifs en face... J'ai tout fait pour le garder, ça a borduré, mais l'équipe m'a beaucoup aidé là dessus.
Et donc tu as parfaitement conclu !
Le dernier jour, j'étais en mode gagner l'étape. De toutes façons, si j'étais dans la position de gagner l'étape, j'allais gagner le général avec. La veille j'avais été un peu piégé, ça a frotté fort, j'ai eu un accrochage et mon BOA s'est cassé. J'ai fait 100 bornes avec une chaussure qui ne me permettait pas d'appuyer. Je me suis retrouvé à un moment dans une deuxième bordure, mais comme il y avait d'autres collectifs piégés, c'est revenu. Mais ça a été le seul moment chaud.
« MENTALEMENT, ÇA M'A BEAUCOUP AIDÉ »
Tu évoques une « course de fou », et tu es parvenu à défendre un maillot jaune pendant trois jours. Tu sens un cap franchi ?
Depuis l'année dernière, j'ai pris sur moi, j'ai plus de recul en course, je gère mieux mes émotions. Je ne me suis pas affolé. Le dernier jour, je sentais que j'étais fort. Plus les journées passent, plus je me sens fort. Dès que ça bordurait, ça pétait de partout pendant le dernier jour, mentalement ça a usé certains. Les plus costauds se sont retrouvés devant et c'était plus lisible. Clairement, je suis content d'avoir fait cette course, et de n'avoir connu ni chute ni casse. Et mentalement comme physiquement, ça m'a formé à toujours être focus sur le placement. Dans la tête, faire quatre jours à tout le temps devoir être placé, à frotter... Il y a certaines courses où on peut lâcher un peu mais là avec le maillot ce n'était pas possible. C'est une course qui va bien m'aider.
Après l'Eure-et-Loir, tu décroches une nouvelle course par étapes. As-tu un rôle à jouer à l'avenir sur ces courses ?
J'essaie de ne pas trop me limiter dans mon profil. Je ne deviendrai pas un coureur de Grand Tour évidemment, je mise plutôt sur les Classiques. Mais en fin de saison où il n'y a plus de Classiques, je pense aussi aux courses d'une semaine, ça peut me convenir sur la durée. C'est nerveux, ça roule vite, c'est ce qu'il me faut. L'année dernière, l'Eure-et-Loir, c'était trois jours, et ce n'était pas le même peloton, pas la même course. En France, ça ne court pas pareil. J'avais plus confiance en Eure-et-Loir que sur l'Olympia où c'est peu lisible. Avec les bordures, c'est soit ça passe, soit ça casse.
« LE PREMIER ET LE PLUS GROS OBJECTIF, C'EST PARIS-ROUBAIX U23 »
Tu as repris ta saison assez tard et tu comptes peu de jours de course, mais tu n'as que des places d'honneur !
J'ai besoin de courir, j'aime bien m'entrainer mais c'est vraiment la course qui m'anime. La reprise a été un peu tardive. J'aurais bien aimé reprendre plus tôt, mais le calendrier est comme ça, c'est normal. J'avais envie de performer chez moi, sur les courses du début de saison, mais je savais que par rapport à d'autres qui avaient des courses dans les jambes, il allait en manquer. C'était vraiment pour me relancer. Je n'avais pas de pression. Denain a été une belle expérience. Sur la Youngster j'étais en forme, j'étais vraiment dégoûté parce qu'on avait borduré, on était cinq sur 20 ou 25 gars, avant le Kemmel, et même après on était encore nombreux. Si le groupe va au bout on peut jouer la victoire, j'avais les bonnes jambes, mais c'est revenu et ça a sprinté. C'était de la frustration.
Après quoi vas-tu courir cette année ?
J'ai plein d'objectifs cette année. L'année dernière, c'était de la découverte, mon corps devait s'adapter au rythme. Preuve en fin de saison où j'étais plus performant car je m'étais habitué. Là avec l'expérience acquise, j'ai plus un rôle de leader même si je ne le serai pas à chaque fois bien sûr, comme au Baby Giro où je ne le serai pas du tout. Mais je ne me prive pas, peu importe la course. Le premier et le plus gros objectif, c'est Paris-Roubaix U23, et quelques semaines après il y a le Tour de Bretagne. J'y vais plus en mode chasseur d'étapes, mais en chassant on peut jouer un général. Après je pense que je soufflerai un peu et on verra en fonction du programme.
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