Noémie Abgrall a mis fin à « la mauvaise blague »

Crédit photo Freddy Guérin / DirectVelo
Après cinq places de 2 et une place de 4 en autant de jours de course, il était temps pour Noémie Abgrall de lever les bras. C'est enfin arrivé ce dimanche, sur les Reines de la Cisse, nouvelle épreuve nationale (voir classement). "On l'attendait plus ou moins, je n'en faisais pas un gros objectif, si ça devait arriver ça arrivait, pour pouvoir arrêter de dire que je fais 2 à l'arrivée. C'est plus ça qui soulage, c'était la mauvaise blague à chaque fois", plaisante la sociétaire de Ladynamips RVC, qui n'était pas non plus traumatisée par cette succession de 2e places. "Ce n'était pas frustrant car j'étais battue par plus forte, c'est le jeu, ça arrive. Mais je suis quand même soulagée d'enfin conclure. Et pour l'équipe ça fait du bien aussi".
« J'AI SENTI COMME UN MOUVEMENT DE GRÈVE »
La victoire est en plus encore plus belle avec les conditions. Car ce dimanche, le peloton féminin a été bien bousculé. "C'était un peu chaotique, il y a eu deux neutralisations sur chute, et la pluie est tombée quand on s'est arrêtées, on avait froid. À la deuxième interruption, certaines voulaient arrêter, l'organisation a dû se creuser la tête". La scène n'est alors pas sans rappeler certaines images récentes du peloton masculin. "Je pense que ça a joué. J'ai senti comme un mouvement de grève. Certaines ont vite haussé la voix, certaines voulaient vraiment arrêter. On s'entraîne dans des conditions bien plus dures, les seuls facteurs de risques viennent de nous-mêmes, certaines ne font pas attention". Noémie Abgrall avait donc son avis bien tranché. "Moi je voulais continuer, il y a eu des chutes mais c'est nous qui les avons créées. L'orga n'y était pour rien, les chutes sont en ligne droite".
Les discussions ont duré et l'ancienne médaillée de bronze d'un Championnat de France a entendu des arguments qui ne lui ont pas plu. "J'entendais certaines dire que c'était dangereux avec certaines N2, mais elles roulent aussi bien que nous, il n'y a pas à les pointer du doigt, c'est bidon comme excuse. C'est la facilité. On voit les courses qui s'annulent, c'est déjà compliqué, on ne veut pas perdre d'organisations à cause de choses comme ça". Le sport a finalement repris ses droits, et les féminines sont reparties. "Ça a été compliqué de s'arrêter avec le risque d'attraper froid. Alors j'ai fait en sorte de démarrer vite pour me réchauffer, quitte à en faire trop, car une fois qu'on prend froid, c'est trop tard. Alors j'ai pris la course en main".
« ON N'EST PAS INDISPENSABLE QUAND ON EST ÉQUIPIÈRE »
Déjà échappée auparavant, Ema Comte caracole seule en tête. Mais la Chambérienne a sans doute bien moins vécu l'interruption que d'autres. "Il y avait 1'30 à boucher, on avait peur que ce soit un peu juste avec deux tours en moins. Mais elle s'est écrasée, elle a dû attraper froid". Elles sont finalement cinq aux avant-postes à se présenter à la flamme rouge pour la victoire. Bien qu'il y ait deux Chambériennes et deux éléments du Team ELLES, Noémie Abgrall a finalement mis tout le monde d'accord. "J'étais en confiance avec les derniers résultats, je me disais que celle là, il fallait enfin que je l'ai", sourit-elle. Une revanche sur la veille où elle avait terminé... 2e, bien sûr, à la Montoirienne, battue par la rapide Constance Marchand. "Océane (Goergen) devait sprinter et moi tenter ma chance. J'ai essayé de faire le kilomètre mais j'ai été reprise aux 500 mètres, j'étais un peu dépitée".
Après six années en Continental, l'ancienne coureuse du Stade Rochelais espérait bien afficher ce niveau après un hiver où elle a dû encaisser qu'elle ne prolongerait pas. "Ça s'est fait un peu au dernier moment, je devais être conservée, ça s'est retardé et on m'a finalement dit non. J'étais un peu prise de cours. On n'est pas indispensable quand on est équipière, c'est compliqué de se vendre". Elle a donc contacté le club de La Roche-sur-Yon, à côté de chez elle. "Ça a matché avec Delphine (Ledoux, directrice sportive, NDLR)". À 25 ans, elle ne désespère pas de retrouver l'échelon supérieur. "Je n'ai pas tourné la page, si ça doit arriver ça arrivera, mais il n'y a pas de pression. Et ça marche très bien comme ça". Noémie Abgrall compte ainsi sur la Coupe de France, le Championnat de France et les courses UCI pour se montrer, "et faire la saison la plus complète possible". Et c'est déjà bien parti.
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