Du pur Paris-Nice, « quasi écrit d’avance »

Crédit photo A.S.O / Billy Ceusters

Crédit photo A.S.O / Billy Ceusters

De la pluie, du vent, des bordures, des coureurs qui perdent le général lors d'une étape sur le papier réservée aux routiers-sprinteurs… Du pur Paris-Nice dans le texte. Mais si, le plus souvent, ce type de scénario se produit en début de semaine, plus proche de la capitale que de la côte d’azur, c’est cette fois-ci dans les Bouches-du-Rhône que ce drôle de tour a été joué par la formation Visma-Lease a Bike. Non pas pour renverser la table, puisque la WorldTeam néerlandaise comptait déjà dans ses rangs le leader de la course. Plutôt pour enfoncer le clou et éliminer définitivement bon nombre d’adversaires avant un dernier week-end potentiellement dangereux.


L’ENSEMBLE DU PELOTON EST EN SOUFFRANCE

“On savait tous que ça allait être une journée infernale étant donné les conditions. On s’est dit qu’il valait mieux prendre tout ça de façon positive, avec l’envie de faire la course”, s’est réjoui Grischa Niermann après l’arrivée (lire ici). Malgré le retrait de Jonas Vingegaard, les jaune-et-noir ont réalisé un énorme coup de force en plaçant ses six éléments à l’avant. La formation INEOS Grenadiers a elle aussi fait très forte impression en revenant quelques kilomètres plus loin avec la quasi-totalité de son effectif. En réalité, la structure britannique avait imaginé la même tactique au briefing. “On avait prévu de faire sensiblement la même chose mais on avait fini par considérer que le vent n’était pas suffisamment présent pour tenter. Sauf qu'avec cette pluie, c’est revenu au même”, explique Joshua Tarling, 2e à l’arrivée. “C’était notre plan aussi. On espérait un vent plus fort mais vu la météo, ça se tentait quand même”, confirme pour DirectVelo son coéquipier Bob Jungels.

Comme l’ensemble du peloton, le Luxembourgeois arrive sur la réserve après six journées de course particulièrement éprouvantes. “200 kilomètres sous la pluie, ça use tout le monde. Depuis trois jours, c’est vraiment dur, on souffre tous”. Alors forcément, dans ces cas-là, ce sont les plus solides à la fois physiquement et mentalement qui tirent les marrons du feu. “Le plus important lors d’une journée comme celle-ci, c’est de rester toujours bien concentré sur son objectif, ne jamais se laisser abattre”, synthétise le vainqueur, Mads Pedersen (lire ici).

FLORIAN LIPOWITZ PROPULSÉ DAUPHIN DE MATTEO JORGENSON 

Parmi les gagnants de la journée, on peut également citer l’équipe Red Bull-BORA-Hansgrohe, qui a placé deux coureurs dans le bon groupe d’une petite vingtaine d’éléments dont Florian Lipowitz, propulsé à la deuxième place du général. “Il faut toujours être attentif sur ce genre d’étape car on ne sait jamais ce qu’il peut se passer. On a insisté à l’oreillette auprès des coureurs pour qu’ils fassent attention aux cassures”, assure le directeur sportif espagnol Patxi Vila, lui-même 2e de Paris-Nice en 2006.

Mention Bien pour d’autres équipes, qui n’ont pas eu l’occasion de voir leur sprinteur s’exprimer dans la dernière ligne droite mais ont limité la casse en vue d’une place dans les 10 ou 15 au général. “Franchement, on avait dit à nos coureurs qu’aux Baux-de-Provence, ça pouvait casser. On savait que des équipes allaient vouloir faire basculer le général. Dans ces conditions météos, c’était quasi écrit d’avance”, promet Arnaud Gérard. Le directeur sportif d’Arkéa-B&B Hôtels a vu son leader espagnol Raul Garcia Pierna prendre place dans le deuxième groupe. “Dans les seize devant, il n’y a pas trop de surprises, ce n’est que du très costaud”. Et tant pis si Arnaud Démare n’a pas pu sprinter. “Le plan initial, c’était pour lui. Mais avec les cassures… On connaissait tous les endroits stratégiques mais en haut de la bosse, c’était aussi une question de physique. Il n’y a pas eu d’erreur tactique. Les gars savaient où ça allait se faire. On ne peut pas être déçus. De grosses équipes n’avaient personne non plus”.

SOUPE À LA GRIMACE CHEZ ASTANA, BAHRAIN ET UAE

Situation similaire chez Tudor, puisque Michaël Storer - lui aussi présent dans le deuxième paquet - grapille quelques places au général, alors qu’Alberto Dainese n’a pas pu sprinter non plus. “C’est sûr qu’on voulait jouer la carte d’Alberto au sprint mais on est resté focus sur le général avec Michaël pour ne pas tout perdre. Ce n’est ni une bonne, ni une mauvaise journée. Disons qu’on reste dans le coup”, synthétise Morgan Lamoisson, directeur sportif de la ProTeam helvète. “Quand on a su que deux équipes étaient très bien représentées devant, on se doutait que ça allait être compliqué mais on a évité le pire”.

Le pire était ce vendredi réservé à la Bahrain Victorious, qui rêvait d’un podium final pour Lenny Martinez mais a vu son leader lâcher près de neuf minutes sur la ligne. Une situation qui a placé son directeur sportif dans une colère froide après l’arrivée (lire ici). “On savait qu’il y avait potentiellement danger à ce moment-là. On a poussé les mecs à remonter mais Lenny était derrière…”. Soupe à la grimace aussi chez XDS-Astana, puisque la boîte s’éloigne à la fois pour Clément Champoussin et Harold Tejada, tandis que Joao Almeida a sans doute perdu toute chance de renverser Matteo Jorgenson sous la pluie provençale côté UAE. “On n’était pas bien placés au moment où il fallait être devant. Joao s’est retrouvé un peu derrière et c’était fini. Il y avait deux équipes au complet devant alors forcément, il était impossible de revenir, on l’a tout de suite compris, d’autant que Nils Politt était dans une mauvaise journée. Mais on a essayé de ne pas perdre plus de deux minutes”, résume Simone Pedrazzini. Le technicien italien avait bien conscience, à chaud, de ce qu’il venait de se passer lors de cette journée qui aura creusé plus d’écarts que les étapes vallonnées qui ont précédé. “Paris-Nice est normalement perdu, oui, même si on va continuer de se battre pour gagner une autre étape. Le maillot jaune est très fort et en plus, il a une belle avance”. Le spectacle a été beau, mais le suspense quant à l’identité du futur vainqueur final s’est peut-être définitivement évaporé.  

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