Conti Fédérale (3/3) : Peurs, colères, incompréhensions… avant l’apaisement ?

Crédit photo Nicolas Mabyle / DirectVelo

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Depuis quelques semaines, les cinq formations de N1 qui ont postulé au label Conti Fédérale sont fixées sur leur sort. Toutes ont obtenu le précieux sésame. Le Vendée U, le VC Villefranche Beaujolais, le VC Rouen 76, Bourg-en-Bresse Ain Cyclisme et l’AVC Aix Provence Dole ont chacun obtenu la reconnaissance de l’UCI. Une reconnaissance qui n’est pas du goût de tous, notamment celui de la Ligue Nationale de Cyclisme qui a déposé un recours devant le Conseil d’Etat en opposition à cette mesure de la Fédération Française de Cyclisme, qui avait cependant fermé la participation des cinq équipes aux épreuves professionnelles françaises, Classe 1 et ProSeries, pour ne pas créer de tensions. Les Conti Fédérales adaptent ainsi leur calendrier pour profiter de leur nouveau statut en dehors du pays ou sur les Classe 2.


Dans cette troisième et dernière partie, le cœur des tensions. Le Conseil d’Etat n’a pas donné son avis à ce jour, mais la bataille fait rage depuis plusieurs mois entre la Ligue Nationale de Cyclisme et la Fédération Française de Cyclisme. Et les premiers concernés, dans tout ça ? DirectVelo a tendu le micro aux cinq intervenants interrogés sur leur position autour de ce conflit. Entre incompréhensions, points de tension, le fin mot de l’histoire n’est pas encore connu dans un climat d’incertitude en attendant du nouveau dans le dossier, et des questions sur les conséquences pour les années à venir, voire même l’année à venir.

Interrogé par DirectVelo dans un long entretien le 28 juin dernier (lire ici), Xavier Jan avait clairement expliqué la position de la Ligue. “C'est clair et net qu'on va s'opposer à la mise en place de ce dispositif qui vient empiéter sur nos prérogatives car la gestion des équipes Continentales, telle qu'elle est prévue par la convention entre la FFC et la LNC, revient à la Ligue”. Avant d’évoquer cette mesure sur les Classe 1 qui est un point de tension. “Aujourd'hui, la fédération n'est pas capable de garantir à très long terme l'interdiction des Classe 1 en France aux Conti fédérales. C'est un règlement fédéral et si demain, la fédération change d'avis avec un autre Président, un autre Bureau exécutif, nous serons dans une situation où nous ne pourrons plus revenir en arrière”. Et ce, en plus d’une “iniquité vis à vis de nos équipes Continentales professionnelles qui sont soumises à un cahier des charges très strict et qui se retrouvent dans la même catégorie que des équipes amateurs. Pour nous, ce n'est pas conforme à la convention”.

Le 2 octobre dernier, Michel Callot avait répondu à son homologue, alors qu’il n’était pas encore réélu à la présidence de la FFC. “Je redis à la Ligue, laissez-nous avancer tranquillement sans bousculer, loin de là, tout ce que vous avez mis en place au fil du temps, mais il faut qu'on avance. Le cyclisme autour de nous bouge beaucoup à l'international et on ne peut pas rester dans un immobilisme qui nous condamnerait sur le plan de la performance. Une commission de conciliation entre la Ligue et la FFC s'est réunie mais chacun est reparti avec ses positions”. Enfin, Xavier Jan avait eu le fin mot le 6 décembre, lors de l’Assemblée Générale de la Ligue. “On nous a emmenés dans un chemin, et on avait fixé une ligne rouge. Pour autant, même si ça a refroidi nos rapports, ça reste très respectueux. J'ai beaucoup de respect pour le président, quel qu'il soit. Le message a été rappelé, à savoir notre volonté de conserver notre périmètre. Mais j'ai aussi envoyé un message pour travailler en collaboration”.

« DES GUERRES INTERNES ENTRE INSTITUTIONS »

Aujourd’hui, le moins que l’on puisse dire, c’est que la situation n’a pas beaucoup bougé. L’avenir de cette mesure est entre les mains du Conseil d’Etat, alors qu'aux yeux de l’UCI, les fédérations nationales sont libres de définir les critères de leurs Conti. Du côté des directeurs sportifs ou managers, on a assisté à tout ce remue-ménage de plus ou moins loin. “Je trouve que ce sont des guerres internes entre institutions, on a une possibilité ouverte, on remplit le cahier des charges, on serait bête de rater le train en marche”, note Steven Laurent. “C'est un problème entre la Ligue et la Fédération, on est au-delà de ça, reprend Jean-Philippe Yon. C'est un très long débat. Ce à quoi je pense aujourd'hui, c'est le maintien à flot du vélo amateur, c'est le plus important. Ça vacille chez les pros, on a deux équipes proches de la relégation du WorldTour, des équipes qui souffrent par rapport aux budgets, je ne pense pas qu'on aille super bien donc il faut plutôt tirer tous dans le même sens pour se soutenir plutôt que se tirer dans les pattes. Ils vont gérer entre eux”.

Pour Anthony Barle, la défense sur monde pro est louable, mais il y a une incompréhension. “Je peux entendre qu'ils défendent les salariés, les pros, mais la Fédé s'est simplement mise comme le reste du monde. On est le seul pays qui tournait comme ça avec un seul niveau Conti et pas plusieurs”, constate-t-il. Le manager du VC Villefranche Beaujolais fait référence au modèle des autres pays où être Conti ne signifie pas forcément être professionnel, comme en Belgique où trois labels différents existent. Le CP1, avec six coureurs à temps plein ou partiel, le CP2 avec 50% de spécialistes reconnus par Belgian Cycling, en cyclo-cross ou en piste, et le CP3 sans obligation de contrats, mais avec dix coureurs U23. Mais la réglementation française avait l’avantage jusqu’alors de permettre une sécurité aux coureurs, qui étaient assurés d’être professionnels en s’engageant en Continental.

Christian Milesi se montre justement conciliant sur ce point. “C'est ce que défend la Ligue depuis des années, la protection des coureurs et des courses. C'est un super boulot qu'il ne faut pas remettre en question. Quand tu vois arriver des équipes qui n'ont pas les mêmes exigences et protection, je comprends la peur”. Jean-Michel Bourgouin veut aussi regarder les choses avec hauteur. “Il faut se calmer un peu et regarder le monde tel qu'il est. J'ai des contacts un peu au travers du critérium pro qu'on organise, il n’y a pas d'échanges. Mais on peut se parler bien sûr, en cas de besoin, il n'y a aucun problème. Ce n'est pas la guerre non plus, il faut dédramatiser”. Mais Anthony Barle reste sceptique. “Le monde amateur n'a jamais rien demandé, on a formé des champions, ils sont passés pros pour zéro. Je n'arrive pas à comprendre un tel barrage, aussi violent, sachant qu'on ne va pas non plus demander de faire une saison en Classe 1”. Car là se situe le cœur des frustrations.

UN GROS TAS DE NŒUDS SUR LES CLASSE 1 FRANÇAISES

Avec cette mesure d’empêcher les Conti Fédérales de s’aligner sur des Classe 1 en France, les cinq structures concernées sont privées de courses organisées dans leur région. Seul le Vendée U est moins concerné par cette mesure, puisque la présence de TotalEnergies sur ces épreuves n’auraient de toute façon pas permis aux hommes de Steven Laurent de s’aligner. Pour les autres, l’idée n’a jamais été de participer à des dizaines de Classe 1 partout dans le pays. “On a fait une visio avec le président de la Ligue. Ils n'ont pas spécialement compris notre message de défendre notre place dans un circuit plutôt Classe 2, et non Classe 1. On n'est pas là pour faire toutes les manches de Coupe de France en Classe 1. Une équipe belge pourra faire des manches de Coupe de France, pas nous”, regrette Jean-Philippe Yon.

Anthony Barle est d’accord avec son homologue du VC Rouen 76. “On voulait une porte sur les courses à étapes dans nos régions, on a eu des organisateurs comme le Tour de l'Ain qui serait complètement d'accord, et une à deux Coupe de France dans l'année. Ça fait un peu vriller quand on nous ferme la porte, alors qu'au départ de la Coupe de France on va voir des équipes branlantes de pays exotiques, qui n'ont aucune structure, où les mecs finissent avec un coureur ou deux et ne font rien pour le monde pro, déplore le manager du VCVB. Nous on travaille pour le monde pro français, on forme, on doit avoir des retours de formation pour les clubs mais on n'en a pas vu la couleur”. Jean-Michel Bourgouin aussi pense aux organisateurs locaux. “Tout le monde demandait deux ou trois courses dans l'année, dans ta région pour un éclairage différent et ça s'arrêtait là. Les orgas auraient été ravis. Je pense qu'on pouvait trouver un accord. Il y a eu une décision prise, moi je continue à faire avancer le club, j'ai assez de charge de travail”.

Christian Milesi appelle à davantage de communication pour espérer un changement, car son équipe apprécierait forcément de participer à un Tour de l’Ain. “Je ne comprends pas qu'on ne soit pas plus dans l'échange. On est cinq, j'ai proposé à mes collègues une demande collective de dérogation si on fait des Classe 1. Une épreuve par structure en Classe 1, ça ne déséquilibrera pas le cyclisme français”. Tout cela dans une logique d’apaiser le climat avec la Ligue. “C'est à nous d'expliquer pourquoi on y va, à quel niveau et sur quelles plates bandes on ne veut pas marcher. On veut monter d'un petit cran, si on est équilibré et qu'on bosse bien, j'espère qu'ils vont comprendre. On a besoin d'un coup de pouce d'image. Il faut qu'ils acceptent car on est aussi organisateurs, formateurs de tout jeunes. Mais à nous de montrer patte blanche sans être trop gourmands. On est bien porté par Michel Callot, qui a remis en avant l'existence légale de la Ligue grâce à la Fédé. C'est lui le garant de l'évolution, mais c'est à nous de faire les choses”, détaille le Burgien.

EN ATTENTE DU PROCHAIN ÉPISODE

Là où la tendance est à l’apaisement d’un côté, Anthony Barle dit la même chose que ses collègues mais avec davantage de ferveur. “Je trouve hallucinant que la Ligue n'ait pas une ouverture d'esprit plus large, en se disant « ok, on se met comme le reste du monde, ils ne sont pas non plus trop gourmands ». On demande trois ou quatre courses dans l'année. On peut avoir un crédit temps de course en France et l'histoire est finie. On comprend l'idée de défendre le monde pro, pas de souci. Mais je n'arrive pas à comprendre qu'ils attaquent les gens qui les ont mis en place. Ce sont leurs affaires, moi je ne vois que notre partie à nous. Les étrangers prennent les Conti Fédérales, ça montre qu'on nous fait confiance donc ça serait bien que dans notre pays, on nous ouvre la porte”, explique-t-il. 

Pour cette année, les Conti Fédérales sont sereines sur leur sort en attendant la décisions du Conseil d’Etat. “Je ne m'angoisse pas, ce n'est pas un sujet pour moi. L’UCI nous a reconnus, on fait notre calendrier sans Classe 1 en France, on en reste là pour l'instant. On a des droits avec ce statut qui ne sont pas respectés parce que la Ligue n’est pas d'accord, j’en prends acte”, constate Jean-Michel Bourgouin. “Je ne sais pas sur quels arguments le Conseil peut se baser pour refuser, c'est validé par l'UCI qui est l'instance suprême. Mais je ne maîtrise pas assez le côté juridique. On laisse leur business entre eux, notre taff c'est le sportif”, ajoute Steven Laurent, imité par Jean-Philippe Yon. “Par rapport à l'UCI, on est dans les clous, par rapport à la législation, je ne sais pas du tout. Peut-être qu'à la Fédération ils peuvent dire qu'ils reprennent la gestion des Conti, et il n'y a plus de problèmes…”, imagine le directeur sportif rouennais.

Mais à plus long terme, le feuilleton n’est peut-être pas encore fini. Et Anthony Barle pense aux conséquences sur le vélo amateur si les Conti Fédérales venaient à être renversées. “On a tous eu notre licence, donc cette année ça ne changera rien. Avant la validation ça aurait pu être la merde, mais là on est validé. Par contre, si on met ces cinq structures-là en péril, bien qu'on ne soit pas tout seul, le cyclisme français a du souci à se faire”. Christian Milesi pense aussi au vélo amateur, et ses collègues dans l’ensemble. “Le seul truc négatif, c'est de laisser en carafe les collègues en N1, ça m'emmerde mais je n'ai pas la solution. J'ai toujours été partisan d'être 12 ou 13 en N1 et demander des droits, là on n'est que cinq. Mais l'idée était de couper par le haut plutôt que par le bas”

Et si ces Conti s’inscrivent sur le long terme, peut-être y a-t-il un coup à jouer pour que tout le monde soit gagnant, comme l’estime Christian Milesi. “On entend que les pros se plaignent de trop courir, est-ce que les Conti Fédérales ne seraient pas la solution pour compenser au plus petit niveau pro français ?”. Une question de plus qui s’ajoute dans le long dossier des Conti Fédérales, qui n’est sans doute pas près de se refermer.

Partie 1 : Un soulagement pour le monde amateur
Partie 2 : Des calendriers étoffés, sans révolution

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