Mads Pedersen, l’homme aux deux visages

Crédit photo Xavier Pereyron / LNC
Disons-le clairement : interviewer Mads Pedersen est rarement un exercice simple. La réputation du Danois n’est plus à faire. Dur au mal sur le vélo, il est aussi dur en affaires face aux micros. Gare aux questions qu’il peut facilement trouver “inutiles” ou “inintéressantes” au mieux, “stupides” au pire. “Il a eu de mauvaises expériences avec certains médias, notamment au pays, par le passé, et ce n’est pas toujours ce qu’il préfère aujourd’hui, même s’il fait le métier sérieusement”, nous expliquait l’an passé un membre de son entourage lorsque l’on s’interrogeait sur le comportement du guerrier viking en zone mixte. Sur le dernier CIC Tour de La Provence, le désormais double lauréat de l’épreuve n’a pas dérogé à ses principes. Le fait que la WorldTeam américaine désigne Jonathan Milan comme sprinteur pour le Tour de France et qu’il lui soit proposé de disputer le Tour d’Italie plutôt que la Grande Boucle ? “En cyclisme, il n’y a pas que le Tour”. Ses ambitions pour ce prochain Giro ? Les victoires d’étapes voire le classement par points ? Réponse sèche en un mot : “Everything”, comprenez tout ce qu’il sera possible de prendre. Ses problèmes gastriques à Bessèges, en était-il pleinement remis au départ de l’épreuve provençale ? “J’ai chié et ça allait mieux”. Sa phrase préférée : “De toute façon, vous les gars, vous posez toujours les mêmes questions”, soupire-t-il. L’expression est directe mais après tout, il s’agit aussi certainement d’un jeu qui peut en réalité prêter à sourire.
Car il faut bien admettre que le Danois est très apprécié au sein du peloton et il est vrai que son respect envers chacun de ses rivaux n’est plus à prouver non plus. Tape amicale sur le dos derrière la ligne, débriefing à chaud et larges sourires avec ses collègues sprinteurs au moment de revenir sur la bataille du dernier kilomètre, nombreux selfies avec les spectateurs, attention particulière pour les enfants présents en zone de départ et d’arrivée... Mads Pedersen est un personnage du cyclisme international actuel, prêt à sonner la corne de brume, tout sourire derrière le podium protocolaire, pour faire comprendre à Marion Hérault-Garnier - speakerine de l’épreuve - et Thomas Voeckler qu’il est temps de cesser les bavardages et de lancer la cérémonie protocolaire pour ne pas rentrer trop tard à l’hôtel. Mais c’est donc avec le visage fermé qu’il répond régulièrement aux journalistes. Et rarement avec l’envie de s’étaler. Comme tout récemment avec nos confrères du journal L’Equipe, qui ont traité le sujet de la sécurité sur les courses dans leurs colonnes ce mardi et se sont entendus dire de la bouche du Scandinave que c'était “une connerie” d'opposer les coureurs sur le sujet dans la presse à ce stade.
RAMENER LE PAVÉ DE ROUBAIX À LA MAISON
Même devant les caméras, le garçon fait rarement semblant, comme lors du départ de la cinquième étape de Paris-Nice, l’an passé. S’il imagine un sprint à l’arrivée à Sisteron ? “Yes”. Point à la ligne. S’il a analysé les images du sprint de 2018 en ces mêmes lieux, comme d’autres sprinteurs l’ont expliqué quelques minutes auparavant au même micro ? “Inutile, c’était il y a six ans… On va se concentrer sur aujourd’hui”. Le plan ? “Vous verrez bien à la télé”. Et voilà un entretien gentiment expédié en… 45 secondes chrono (voir ici).
Bien au-delà de tous ces à-côtés, Mads Pedersen est d’abord et surtout un énorme bosseur et il a encore martyrisé la concurrence en Provence sur l’étape clef de Manosque, dans des conditions météos pourtant bien moins favorables au chaos que celles de l’an passé. Gagner, là est bien l’essentiel pour lui comme pour sa formation Lidl-Trek. Impérial samedi, il n’a en revanche pas trouvé l’ouverture sur les deux étapes qui se sont jouées au sprint massif mais les voyants sont au vert pour un tout début de saison. L’objectif majeur du Scandinave reste bien sûr toujours le même alors “inutile” (n’est-ce pas ?) de lui poser la question : remporter une Classique printanière avec pour rêve principal de soulever le pavé de Roubaix dans le vélodrome nordiste. Comme il le clame depuis des années à qui veut bien l’entendre et pour le coup, force est d’admettre qu’il l’a déjà bien assez répété.
JULIEN BERNARD, HOMME DE CONFIANCE
Pour en savoir plus sur Mads Pedersen et son entourage, autant aller voir du côté de ses coéquipiers de longue date. Et qui de mieux que notre Julien Bernard national pour évoquer l’ancien Champion du Monde ? Le Nivernais fréquente le Danois depuis… 2017, il fait partie du cercle d’athlètes qui l’accompagne très souvent et n’a que du bien à en dire. “On travaille super bien ensemble, c’est un grand plaisir. On dit souvent que c’est à table qu’on sent si un groupe vit bien ou pas, quand ça traine au repas. Et c’est le cas avec Mads, Alex (Kirsch), Toms (Skujins), Bauke (Mollema).... On n’a pas forcément envie d’aller s’enfermer dans la chambre”. Le vice-Champion de France affirme que Mads Pedersen “est quelqu’un qui met vraiment en confiance. Il sait sublimer une équipe entière. Il a confiance en tout le monde”. Si le groupe vit si bien, c’est parce que ces garçons se fréquentent depuis de longues années et que cela dépasse désormais le cadre du sport. “Ça tisse des liens, pas que en tant que coureurs mais aussi en tant qu’humains, on connaît nos proches etc, ça fait du bien d’avoir ce genre de relations, ça donne envie de se défoncer pour l’autre”.
Directeur sportif chez Lidl-Trek, Maxime Monfort se réjouit lui aussi des liens qui se sont tissés au fil des années entre Mads Pedersen et sa garde rapprochée. “Il a ses quatre-cinq mecs, ses soigneurs, ses mécanos, comme (Jonathan) Milan et comme nos grimpeurs. La cohésion de groupe est importante, le côté humain est primordial, il faut du plaisir d’évoluer ensemble, pas forcément entre potes mais quasiment. On n’est réellement pas loin de ça”. Sportivement, le Belge sait que Mads Pedersen a un Tour des Flandres ou un Paris-Roubaix dans les jambes. Alors que lui manque-t-il pour le faire ? “Pas grand-chose. Je crois qu’il est déjà pas mal non ? (rire). Tactiquement, peut-être… Il a toujours beaucoup d’enthousiasme. Il faudrait garder cet enthousiasme pour les bons moments. Il en a parfois trop fait l’an passé, notamment au Tour des Flandres. Il faudrait qu’il arrive à se cadenasser”. En termes de calendrier, il a été décidé de faire l’impasse sur le week-end d’ouverture à venir. “Mads ne va pas courir entre la Provence et Paris-Nice, pour avoir un calendrier moins intense”. Avec l’espoir d’arriver en pleine bourre lors de sa période préférée. Et nul doute qu’il serait ravi de faire face aux journalistes en conférence de presse d’après-course sur le Ronde ou à Roubaix. Ce serait franchement bon signe pour lui. 
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