« On n’est pas devenus nuls du jour au lendemain » : Bessèges, l’heure du bilan

Crédit photo Xavier Pereyron / DirectVelo

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L’Etoile va-t-elle cesser de briller en 2026 ? La question était dans tous les esprits à défaut d’être sur toutes les lèvres, ce dimanche, dans les rues d’Alès, au terme de l’habituel contre-la-montre individuel final de l’épreuve gardoise. Le chaos de vendredi et le stress d’une étape dantesque samedi - la faute cette fois-ci à une météo fort capricieuse - ont laissé place au tout relatif soulagement d’avoir pu mener la compétition à son terme, tant bien que mal et avec une cinquantaine de coureurs. Il est désormais, déjà, l’heure de dresser le bilan, et de se projeter sur un avenir qui s’écrit plus que jamais en pointillés. Interview croisée avec la responsable de l’organisation, Claudine Fangille, et son beau-fils Romain Le Roux, responsable sécurité.


DirectVelo : Vient-on d’assister à la dernière édition de l’Etoile de Bessèges ?
Claudine Fangille : On verra bien ce que le rapport de l'UCI va donner. En tout cas, les commissaires ne nous ont rien reproché, même s’ils ont évidemment noté ce double incident avec des véhicules sur la chaussée. Ils ont évoqué un fait de course qui aurait pu arriver sur n’importe quelle épreuve. Je tiens à rappeler que l’on avait cette semaine le même nombre de gendarmes que les années précédentes, la sécurité était la même. On est des bénévoles et des amateurs, oui, et on l’est depuis 55 ans. On n’est pas devenus nuls du jour au lendemain. Le plus gros danger, pour moi, il était sur l’étape d’hier (samedi). Je suivais la course dans la voiture du président du jury et honnêtement, j’avais hâte que les kilomètres défilent. J’aurais compris qu’ils souhaitent arrêter cette fois. Entre le froid, le vent, la pluie non-stop… Ce sont des guerriers. Je leur dis un grand merci d’avoir été au bout (plusieurs directeurs sportifs tiennent également à remercier l’organisation d’avoir trouvé des compromis en réduisant le nombre de kilomètres de l’étape, NDLR).

« LES MECS QUI ONT FINI L’ONT FAIT POUR QUE L'ÉPREUVE CONTINUE D’EXISTER »

Y’a-t-il toujours l’envie de se lancer dans l’aventure une 56e fois ?
Claudine Fangille : Si on est là, ce sera sans les équipes qui sont parties vendredi et samedi. Deux équipes françaises n’ont pas été solidaires. Normalement, on nous demande de prendre toutes les équipes françaises au départ. Mais je ne vois pas pourquoi je devrais faire cet effort l’an prochain. Ceux qui sont restés m’ont assuré que l’on pourra compter sur eux pour 2026. Je partirai avec ceux qui ont joué le jeu et qui nous ont respectés, ceux qui sont contents de venir.
Romain Le Roux : Les mecs qui ont fini la course l’ont fait aussi pour que l’épreuve continue d’exister. J’ai envie de me battre pour ces mecs-là. J’ai envie de repartir, montrer qu’on est capables d’organiser une course en sécurité. Maintenant, quand Adam Hansen m’envoyait des messages jusqu’à 1h30 pour me dire que ça n’allait pas, je me demandais ce qu’on pouvait faire de plus. S’ils ne nous proposent pas de solutions…. Si la course ne convient plus, on arrête. Si ça s’arrête, beaucoup de gens seront tristes mais ça ne va pas changer nos vies. Par contre, pour le calendrier français… Voyons plus large. Peut-être que bientôt, le GP La Marseillaise arrêtera, ou le Tour de La Provence… Et après, que restera-t-il ?

À quoi vont ressembler les prochaines semaines ?
Claudine Fangille : Organiser l’Etoile, c’est pratiquement un an de travail. On va prendre le temps de digérer, se reposer, réfléchir pour savoir si on est capables de repartir ou pas. Ce n’est peut-être pas la peine de s’embêter pour des gens qui ne veulent pas de nous. Je suis d’accord que cette voiture sur la chaussée, ce n’est pas normal. Mais quand ça arrive au Tour de Lombardie, se font-ils autant descendre que nous ? Le problème que l’on a rencontré peut arriver sur beaucoup de courses.

Avez-vous eu des échanges avec les formations qui ont quitté la course depuis vendredi ?
Claudine Fangille : Pas du tout ! Je sais seulement que les Quick Step n’étaient déjà plus à l’hôtel à 16h…

« ON EST ENCORE EN TRAIN DE REMBOURSER LES PERTES DE L'ANNÉE DERNIÈRE »

Tout le monde ou presque va retenir la liste des équipes qui sont restées, et celles qui ont quitté la course. Or, certains coureurs de formations qui sont restées souhaitaient arrêter. Inversément, des coureurs qui ont quitté le navire étaient tout de même très embêtés pour le comité d’organisation (lire ici)...
Romain Le Roux : Bien sûr, on comprend que c’est une situation complexe, mais on aurait tout de même souhaité de la solidarité. Se retrouver confronté à des gars avec lesquels j’évoluais dans le peloton il n’y a pas si longtemps que ça, ce n’est pas facile. Mais c’est dans ces moments-là qu’on voit les copains. Je comprends le point de vue des coureurs. Si j’avais été dans le peloton, j’aurais moi aussi été probablement en colère. Mais je pense que les coureurs n’ont pas conscience de tout, on ne peut pas tout maitriser, la route n’est pas totalement fermée. Il y a sûrement des choses à améliorer, mais les instances et les syndicats doivent aussi nous proposer des choses. Il est facile de dire qu’il faut plus de moyens, mais qui va trouver ces moyens ? Si on n’organise plus, les coureurs n’auront plus de courses. Essayons de travailler ensemble. Si certains me proposent d’arrêter la course le vendredi et de repartir le samedi, c’est qu’ils ne réalisent pas les conséquences, la perte financière énorme d’une étape qui ne va pas au bout.

C’est pour cela que vendredi, tu criais que tu étais prêt à repartir avec 20 coureurs, comme s’il s’agissait d’un instinct de survie ? On a eu le sentiment que tu te disais que l’avenir de l’épreuve se jouait là, à cet instant précis…
Romain Le Roux : C’est exactement ce que je me suis dit. Cette année, on est encore en train de rembourser les pertes de l’année dernière, puisqu’on avait pas pu organiser la première étape à cause de la grève des agriculteurs. Même à dix, on serait repartis. J’ai pensé aux courses de l’époque, il arrivait qu’un seul coureur change tout. Je me suis dit que si vingt mecs y allaient, il y aurait peut-être un mouvement de plus grande ampleur ensuite, et c’est ce qu’il s’est passé puisqu’une centaine de gars sont repartis.

On a senti une grande confusion. Des coureurs de Lotto ou d’Alpecin-Deceuninck voulaient y retourner mais étaient à des kilomètres de là, dans leurs bus, persuadés que la course ne reprendrait pas…
Romain Le Roux : Je pense que des coureurs se sont fait avoir dans le mouvement, en effet, et dans les deux sens, il faut être honnête, car certains ont été pris par le fait que ça repartait, sans avoir véritablement envie d’y retourner. On a tracé une ligne virtuelle, j’ai invité les coureurs à se placer sur la ligne. Pour les Kern Pharma, on a attendu qu’ils reviennent avant de redonner le départ réel. C’est pour ça, aussi, que l’on a neutralisé plusieurs kilomètres, jusqu’à la descente des Brousses, avant de reprendre la course sur une partie roulante sans grands dangers. On a entendu plein de versions, c’était compliqué à gérer avec 150 coureurs, je comprends et j’admets la confusion. Certains n’ont sans doute pas tout compris aux différentes consignes qui ont été données, c’est vrai. Les Unibet pensaient qu’on resterait en convoi, d’accord, mais fallait-il abandonner pour autant ? Les coureurs ont envie de se faire entendre et je le comprends totalement, mais il y avait sûrement d’autres solutions à trouver.

« J’AIMERAIS AUSSI UNE SOLIDARITÉ ENTRE LES ORGANISATIONS »

On entend sans cesse que les frais de sécurité ne font qu’augmenter chaque année. Qu’en est-il exactement ?
Claudine Fangille : Jusqu’à l’année dernière, on prenait 10% tous les ans et cette année, c’est + 20%. C’est une convention qui a été signée. Ça nous coûte 50.000 euros sur un budget total, avec réciprocité, qui est de 980.000 euros.

Pensons à l'avenir : comment aboutir à des solutions concrètes ?
Romain Le Roux : Il va falloir un gros travail de fond, pas que pour l’Etoile de Bessèges mais pour le monde du cyclisme en général. Bessèges, c’est l’histoire d’amour d’une fille pour son père, d’une famille pour Roland Fangille. On ne le fait que pour ça, et pour le cyclisme français. Pas pour l’argent. Quand je vois Decathlon AG2R nous snober comme ça, ce n’est pas respecter le cyclisme français et son histoire. Heureusement, on a la chance d’avoir encore d’anciens coureurs français dans le staff de certaines équipes, ils connaissent l’histoire de notre sport en France et nous défendent. Construisons ensemble. J’aimerais aussi une solidarité entre les organisations. Ils savent tous que ça peut leur arriver mais qui nous a soutenus ? C’est dommage.  

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