Rémi Cavagna : « Je me suis perdu »

Crédit photo Nicolas Mabyle / DirectVelo
Rémi Cavagna repart d’une feuille blanche. L’an passé, l’Auvergnat a vécu une saison cauchemardesque, lui qui avait fait le pari de rejoindre la WorldTeam espagnole Movistar. Un choix qu’il a vite regretté, tant il ne s’est pas senti à sa place dans le groupe d’Eusebio Unzue. Dans le dur physiquement, très touché mentalement, le double Champion de France du contre-la-montre a vite compris qu’il lui était impératif de casser son contrat et de changer d’air pour ne pas définitivement sombrer. L’athlète de 29 ans a trouvé un point de chute chez Groupama-FDJ, où il a déjà retrouvé le sourire. Plus motivé que jamais, il se réjouit à l’idée de retrouver son meilleur niveau et d’aider ses nouveaux coéquipiers. DirectVelo s’est entretenu avec Rémi Cavagna à Nîmes, à la veille du départ de l’Etoile de Bessèges.
DirectVelo : Plus que jamais, on souhaite commencer par la plus banale des questions ; comment vas-tu ?
Rémi Cavagna : Ça va bien. J’ai lancé ma saison au GP La Marseillaise et ça s’est plutôt bien passé. On a fait de bons stages en Espagne. Je suis là où je voulais en être en termes de condition physique et j’en suis super heureux. J’ai besoin d’enchaîner les courses pour me remettre à niveau mais c’est bien parti. Je veux commencer fort.
« JE N’AVAIS MÊME PLUS ENVIE DE COURIR »
On imagine que tu avais hâte de lancer ta saison pour définitivement tourner la page !
J’ai oublié 2024, c’est derrière moi maintenant. C'était une mauvaise expérience, ça s'est mal passé. J'avais envie de rebondir absolument et ne pas rester dans cette phase négative. C'est pour ça que j'ai fait le choix de changer d'équipe.
Cette année cauchemardesque chez Movistar, était-ce simplement une erreur de casting ?
C’est un peu de tout. Je me suis retrouvé au mauvais endroit, ce n’était pas du tout ce que j’attendais. J’ai été déçu de ce que j’ai trouvé là-bas, mais j’ai également déçu l’équipe, il faut le reconnaître. Il était inenvisageable de rester plus longtemps dans l’équipe, même si j’étais encore sous contrat. Ça aurait été vraiment compliqué. Eusebio (Unzue, le manager général, NDLR) a été compréhensif et il a accepté ma demande. C’était de toute façon mieux pour l’équipe également. Je ne servais à rien là-bas. Malgré cette saison très difficile, je les remercie d’avoir accepté de me libérer, on ne s’est pas séparés en mauvais termes. Cette rupture de contrat est bénéfique pour tout le monde.
Que leur reproches-tu ? Était-ce un problème sportif ou humain ?
Tout n’a pas été parfaitement fait de leur part mais encore une fois, c’est aussi de ma faute. C’est du 50-50. Je n’en garde aucune rancune, aucune rancœur. Le problème était à la fois sportif, physique, mental, relationnel… Je ne me sentais pas bien dans l’équipe. Je n’y ai jamais trouvé le soutien espéré et tout cela a vite joué sur mes émotions, même sur la personne que je suis au quotidien. Je n’étais plus le même coureur, j’ai perdu mon envie, ma façon de courir habituelle. Je ne me reconnaissais plus. J’ai toujours aimé emmener des sprints, rouler fort pour revenir sur des échappés, ou moi-même aller à l’attaque, seul. C’est ce que j’aimais dans le vélo jusque-là mais je me suis perdu. La façon de faire ne me correspondait pas. La seule chose que ça m’a apporté, c’est d’apprendre l’espagnol. Pour le reste… Une carrière passe vite alors il était hors de question de perdre encore plus de temps.
« J’AI FAIT UN BLOCAGE ET LA SITUATION S’EST TENDUE »
En étais-tu arrivé au stade où tu préférais rester à la maison ?
Oui, je n’avais même plus envie de courir. C’était compliqué. Je m’entraînais quand même car j’ai toujours aimé ça. En plus, sans chauvinisme, je vis dans une superbe région (en Auvergne, NDLR) donc j’ai toujours aimé sortir le vélo. Mais sur les courses, ça n’allait pas. J’ai fait un blocage et la situation s’est tendue.
As-tu réussi à rapidement en parler à tes proches ?
Non, je me suis renfermé sur moi-même dans un premier temps. C’est aussi pour ça que c’était vraiment difficile à vivre. J’ai fini par en parler pour essayer de trouver une solution mais de toute façon, l’équipe avait bien vu que ça n’allait pas. Je devais me sortir de là. Encore fallait-il trouver une équipe, je me suis lancé dans des démarches dès l’été et ça l’a fait.
Pourquoi la Groupama-FDJ, toi qui as longtemps clamé durant ta carrière que tu ne porterais pas le maillot d’une structure française ?
C’est vrai, je ne me voyais pas du tout dans une équipe française. Pour moi, c’était mieux à l’étranger, toujours plus à la pointe sur le matériel etc. Et puis je me suis rendu compte, depuis trois-quatre ans, que des équipes comme la Groupama-FDJ et maintenant Decathlon AG2R se développaient, y compris dans le domaine du contre-la-montre. Finalement, c’est devenu la meilleure possibilité, la Groupama-FDJ m’a tendu la main. J’ai eu un premier meeting avec Marc (Madiot) et les entraîneurs, je leur ai expliqué ma situation, ce qui ne marchait pas, ce que je faisais mal, et j’ai tout de suite senti une écoute. Je sais que dans cette équipe, je vais pouvoir me faire plaisir en contre-la-montre, je vais encore apprendre des choses et je suis sûr de pouvoir retrouver mon niveau. Mentalement, c’est très important pour me remettre d’aplomb.
« JE N’AI PLUS DE TEMPS À PERDRE »
Tu avais besoin d’une équipe qui travaille minutieusement l’exercice du chrono…
Bien sûr, c’est ma spécialité. Il y a un gros travail de l’équipe dans le domaine, on a fait plein de tests cet hiver, on est allé en Angleterre faire de la soufflerie, on a testé plein de matériel, plein de choses différentes, des casques, des combinaisons pour déterminer les meilleurs réglages et les meilleures positions, tout ce dont j’ai besoin pour être le plus performant possible sur un contre-la-montre. C’est super intéressant et encourageant car il m’a toujours manqué un ou deux étages pour être au top du top, sur le toit, en faisant tout au millimètre. Malheureusement, en 2024, non seulement je ne suis pas monté de deux étages, mais je suis même descendu de trois. J’ai été moins bon qu’avant et c’est dur à vivre. C’est pour ça que je n’ai plus de temps à perdre et que je dois mettre toutes les chances de mon côté. Je me suis entraîné plus dur que jamais cet hiver, y compris en chrono. Il faut savoir que l’an dernier, je montais sur mon vélo de chrono une fois tous les… deux mois, alors qu’avant c’était deux fois par semaine ! Mais je n’ai rien perdu de mon amour pour les chronos.
Tu auras un premier test grandeur nature ce dimanche à Alès lors de la dernière étape de l’Etoile de Bessèges !
C’est un chrono un peu spécial avec cette bosse à la fin, comme celui du Tour d’Algarve qui arrive aussi au sommet. Il y a de moins en moins de places pour les purs spécialistes, on favorise les chronos pour les coureurs de Grands Tours. Mais il en reste encore quelques-uns, sur les Championnats notamment. Quand il y aura un parcours favorable, il ne faudra pas se louper.
Ressens-tu une pression différente de celle que tu as connu jusque-là durant ta carrière ?
Oui, j'ai une certaine pression, mais je me sens bien dans mes baskets et ça me donne des perspectives positives. J’ai envie d’être performant tout de suite, même si je sais que ça ne se fera pas en un coup de baguette magique. Je dois croire en moi. En tout cas, je me donne toutes les chances de réussir et on me donne toutes les chances de réussir. Maintenant, c’est à moi de faire les bons choix en course.
« JE SUIS TRÈS BIEN ACCOMPAGNÉ ET C’EST UNE CHARGE MENTALE EN MOINS »
Peux-tu nous parler de ton nouvel environnement à la Groupama-FDJ ? Avec qui travailles-tu spécifiquement ?
Tout a commencé avec deux-trois jours à Besançon en fin d’année dernière. J’ai testé les vélos de route et de chrono, j’ai rencontré un podologue, un kiné, un ostéo. On a fait des tests pendant des heures, avec une dizaine de personnes autour de moi, pour tout analyser et ne rien laisser au hasard. Même pour ma position de chrono, je voulais repartir à zéro. J’ai évoqué mes pépins passés, les problèmes physiques… Sur le plan médical, il est quand même plus facile de se faire comprendre en français qu’en espagnol. Pour l’entraînement, je travaille avec Joseph (Berlin-Sémon) que je connais puisque j’ai couru avec lui sur la piste, en Juniors. Je bosse aussi avec un nutritionniste et c’est important car ce n’est pas forcément le domaine dans lequel j’ai toujours été le plus sérieux. Je sais que j’ai de la marge. Or, on ne peut pas se permettre de perdre ces quelques petits pourcents au plus haut niveau. Franchement, je me mettais limite des bâtons dans les roues en ne faisant pas les choses bien. J’ai toujours été un petit peu trop à l’ancienne là-dessus. Ça m'a coûté des coups de bambou, des fringales… Je ne pouvais pas continuer de la sorte. Je sais que je suis très bien accompagné et c’est une charge mentale en moins.
Comment l’équipe et toi-même avez-vous construit ton calendrier pour 2025 ?
Je leur ai parlé des courses que j’aime bien car j’ai de l’expérience, du vécu. Puis à partir de là, ils m’ont proposé un calendrier, en privilégiant le plus possible les courses par étapes où il y aura un chrono. Le but est d’être sur le Tour de France, d’y épauler les leaders de l’équipe. Je compte aussi aider les sprinteurs, comme je l’ai longtemps fait chez Quick Step. J’ai hâte de voir ce que ça va donner dès cette semaine ici à Bessèges, autour de Paul Penhoët. Je vais être directement dans le bain et ça m’avait manqué.
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