Michel Callot : « Il ne faut pas agir dans la colère ou la déception »

Crédit photo Patrick Pichon - FFC

Crédit photo Patrick Pichon - FFC

Un mois et demi après les Jeux Olympiques de Paris qui ont été un succès pour la FFC avec neuf médailles, dont trois en or, mais aussi moins de trois mois avant les élections à la présidence de la FFC, Michel Callot, président de la Fédération française de cyclisme, a fait un tour d’horizon de l’actualité fédérale, en marge du Mondial de Zurich, avec DirectVelo.


DirectVelo : Quel bénéfice financier peut retirer la FFC des Jeux Olympiques ?
Michel Callot : Incontestablement, il y a un lien entre les résultats aux JO et les finances de la fédération. Déjà, parce que quand on a réussi les Jeux, on peut espérer être parmi les fédérations les mieux soutenues sur la haute performance par l'État. Ça facilite les choses pour conforter les partenariats privés (toutefois, SKF a annoncé avant les JO ne pas prolonger son partenariat après 2024, NDLR) et, on l'espère, en trouver de nouveaux. La troisième retombée, c'est la transformation sur la progression des licences qui peut aussi apporter des ressources complémentaires à la Fédération, ce sont les trois volets sur lesquels on peut capitaliser les résultats des Jeux olympiques.

« PRENDRE DE LA DISTANCE POUR FAIRE LES BONNES ANALYSES »

Vous mesurez un premier retour sur les licences ?
Le démarrage de la nouvelle campagne de licences était le 2 septembre. On commence à avoir de petits indicateurs plutôt très favorables notamment dans les demandes de licences enregistrées. Je suis toujours très prudent sur le sujet car avec la digitalisation des licences, chaque année, le démarrage de la campagne de licences se fait toujours plus tôt. On tirera les enseignements d'ici un mois et demi mais la tendance semble plutôt favorable. Il y a une sollicitation significative des clubs, notamment dans le BMX.

Dans le bilan des JO, on peut dire qu'il y a eu deux périodes avec la première semaine riche en médailles et la dernière avec la piste et ses échecs (lire ici)...
Le calendrier des Jeux fait qu'on a terminé par le terrain où on a été le moins performant. La particularité du cyclisme aux JO, c'est qu'on est présent sur cinq terrains de jeux différents. Quand on regarde notre bilan, on a obtenu des médailles dans chacun de ces terrains de jeux, avec même une médaille d'or sur piste. Quand on globalise le bilan, avec neuf médailles, on est avec le judo et la natation dans les trois sports les plus performants de l'équipe de France. Pour le cyclisme, nous terminons en tête du tableau des médailles. Avec neuf médailles, c'est le record historique de la Fédé réalisé à Atlanta en 1996. Le bilan global est très satisfaisant. Il reste un point noir, c'est le sprint. On savait que ça allait être compliqué avant les Jeux. On espérait davantage de Mathilde Gros qui avait été Championne du Monde en 2022. Mais ça ne doit pas occulter le côté très positif de ces Jeux olympiques, notamment par les images très positives du cyclisme. Le triplé du BMX restera comme un des marqueurs des JO de Paris 2024. Quand on regardera des rétrospectives, il y aura forcément ce triplé. Tout comme celle du cyclisme porté par la ferveur populaire dans les rues de Paris.

Allez-vous décider de changements pour la piste ?
On va laisser les débriefs se faire et la DTN analyser la situation. Il est évident qu'on ne peut pas continuer comme ça mais il faut prendre de la distance pour faire les bonnes analyses. Il ne faut pas agir dans la colère ou la déception. Il faut avoir un constat objectif sans concession et être force de proposition mais il ne s'agit pas d'abandonner la piste pour l'avenir. Ce n'est pas le sujet. Il faut se remettre dans un mode de fonctionnement plus vertueux et plus actualisé par rapport à ce que sont devenus nos athlètes de la piste, et regarder la relève qui reste performante.

« CHACUN EST REPARTI SUR SES POSITIONS »

Où en sont les Conti fédérales à ce jour ?
Les clubs ont produit un dossier pour ces Conti fédérales et je suis très content de la qualité de leurs dossiers. La commission ad-hoc doit encore se prononcer sur la partie double-projet. J'ai rencontré beaucoup d'acteurs du monde professionnel cet été pour, d'une part, expliquer et aussi pour mieux entendre la diversité des opinions du monde professionnel. Tout ça me conforte dans l'idée que nous devons continuer d'aller de l'avant. Cette réforme est un premier pas en avant, il en faudra d'autres. Il faut remobiliser tout notre cyclisme, sans distinction entre professionnels et amateurs, pour que les générations qu'on voit apparaître dans la relève transforment l'essai au plus haut niveau international.

Combien d'équipes sont candidates ?
On sera probablement entre 4 et 5 équipes. Ça répond à nos attentes. Nous aurions été très surpris qu'il y en ait plus car ça n'aurait pas correspondu à l'état actuel des forces en présence mais j'aurais été déçu s'il n'y en avait eu qu'une ou deux. C'est un bon niveau de candidatures.

La Ligue s'est opposée à la création des Conti fédérales, où en sont les rapports entre la FFC et la LNC ?
Ils sont cordiaux même si on n'est pas d'accord sur tout, notamment sur les Conti fédérales sur lesquelles on n'a pas la même vision des choses. Je redis à la Ligue, laissez-nous avancer tranquillement sans bousculer, loin de là, tout ce que vous avez mis en place au fil du temps, mais il faut qu'on avance. Le cyclisme autour de nous bouge beaucoup à l'international et on ne peut pas rester dans un immobilisme qui nous condamnerait sur le plan de la performance. Une commission de conciliation entre la Ligue et la FFC s'est réunie mais chacun est reparti avec ses positions. Mais ça n'entache pas la cordialité des relations que nous entretenons quand nous participons aux réunions de la Ligue, ou quand son président participe à notre bureau exécutif et à nos conseils fédéraux.

« ON MISE SUR 30 000 ENTRÉES PAYANTES »

Le prochain Championnat du Monde en France sera à Liévin pour le cyclo-cross, après quelques hésitations. Où en est l'organisation de ce Championnat du Monde ?
Il y a eu de nombreuses interrogations sur sa localisation : garder le circuit traditionnel dans le Val de Souchez ou se rapprocher des installations importantes comme la grande halle sportive. On a décidé de rester dans le Val de Souchez pour des raisons d'abord sportives. Les visites de l'UCI ont validé les choix.

Pour ce Mondial, comptez-vous sur la billetterie pour équilibrer le budget ?
Quand on organise un Championnat à domicile, il faut aussi que ce soit un apport pour la fédération et en ce sens, la billetterie sera importante. On mise sur 30 000 entrées payantes, ce n'est pas une projection déraisonnable. On l'a établie en regardant ce qu'il se passait dans les autres Championnats du Monde. Je compte d'abord sur le public français. On essaye avec les collectivités de Liévin, le département et la région de lancer une campagne de communication au niveau local. Mais, on ne va pas se voiler la face, la Belgique est à deux pas. On connaît la ferveur du public belge pour le cyclo-cross. On compte sur nos amis belges et néerlandais pour être très présents sur le circuit de Liévin. On espère que nos outils de communication vont fonctionner et que l'attrait du public va marcher. C'est aussi important de voir qu'il y a une Coupe du Monde en France au mois de décembre (à Besançon, NDLR), quelques semaines avant, le Championnat de France début janvier, à Pontchâteau, où on connaît l'attrait du public pour le cyclo-cross, tout ça devrait donner l'impulsion nécessaire.

Il y a un risque de désaffection…
Le seul risque qu'on rencontre dans tous les événements sportifs est la météo. Si on se retrouve avec une météo très compliquée, ça peut pénaliser la venue du public. En dehors de ce risque, je suis plutôt confiant. Depuis six ans, nous avons réussi tous nos Championnats, même dans des conditions compliquées comme le BMX à Nantes. Nous les avons réussis sur le plan sportif, sur le vécu qu'on a pu offrir aux délégations étrangères et sur le plan financier. Je me dis qu'on n'a pas dû perdre la recette avant Liévin.

« IL NE FAUT PAS SE RATER »

Pour rester dans le Nord, où en est-on du recouvrement des sommes dûes de Cassel pour le Championnat de France 2023 ?
C'est un travail compliqué avec l'agglomération et le comité local d'organisation, ça va prendre du temps mais je suis persuadé que c'est un dossier qui finira par se solder correctement. C'est dommage qu'on se soit enlisé dans une relation qui aurait pu être beaucoup plus simple avec les collectivités territoriales. C'est un enseignement dont la fédération devra tirer les bons enseignements dans l'avenir à moyen et long terme.

Concernant le Mondial 2027 qui réunira toutes les disciplines du cyclisme, où en est l'association Vélo au sommet qui organisera et pilotera l'organisation ?
Elle s'est constituée la première semaine de septembre comme les choses avaient été établies. C'est la Fédération Française de Cyclisme qui en assure la présidence à travers son président. C'est important car ça veut dire que le sport est au cœur de ce comité d'organisation et nous serons "facilitants" pour mettre au service l'expérience de la Fédération dans l'organisation d'un événement qui doit être une réussite. Il ne faut pas se rater, ce sera tellement important au niveau de l'héritage pour le cyclisme en France. Mais il doit être raisonnable à tous points de vue, notamment sur le volet RSE et la manière de délivrer cet événement.

Pour la piste, est-ce officiel que les épreuves auront lieu à Saint-Quentin ?
Non, les sites ne sont pas encore officiels et nous travaillons encore sur cette hypothèse qui tient la corde. Si on fait le tour en France, il y a trois lieux possibles : Bordeaux, Roubaix et Saint-Quentin. Les autres alternatives à l'étranger amènent beaucoup d'autres complications et la volonté, c'est un Championnat du Monde en France, porté par la Haute-Savoie, mais en France avant tout. À Saint-Quentin, il y a une volonté politique d'accueillir cet événement qui a été clairement exprimée.

« UNE GROSSE RÉFLEXION SUR LA LOGISTIQUE À MENER POUR 2027 »

Cette délocalisation à Saint-Quentin ne va-t-elle pas compliquer le calendrier des handisports car beaucoup doublent route et piste ?
Il y a une grosse réflexion sur la logistique à mener pour 2027. La piste renforce cette complication logistique mais il y a également la volonté que ce maxi-Championnat du monde soit réparti sur tout le territoire de la Haute-Savoie, ce qui sera différent de Glasgow. Nous avons des enjeux de flux, de logistique qui sont un vrai challenge mais qui sont aussi, peut-être, un moyen de créer une dynamique encore supplémentaire en faisant vivre tout un département autour de cet événement, plus ce volet des Yvelines et de Saint-Quentin.

Quand seront annoncés tous les sites ?
J'espère que dans les toutes prochaines semaines nous serons en mesure de dévoiler de manière officielle la liste des sites et les dates qui leur seront associées.

La Haute-Savoie sera le garant financier, la FFC et l'UCI auront un rôle technique. S'il y a des excédents financiers, est-ce que la FFC pourra en profiter ?
Ce sont des budgets un peu complexes qui ne s'expriment pas en matière d'excédents budgétaires. L'enjeu de la Fédération est d'être rémunérée sur ses prestations, sur ce qu'elle apporte, comme on l'a fait pour le modèle des Jeux olympiques. Pour la Fédération, c'est aussi une recherche de rémunération indirecte, et je rejoins la première question sur les Jeux Olympiques, comment la Fédération peut-elle tirer un bénéfice économique de ces Super Championnats du Monde, c'est d'abord par l'héritage à travers la médiatisation de nos disciplines, c'est le premier point. Et si j'avais à fixer la feuille de route de la prochaine Olympiade, ce serait que la Fédération se concentre sur 2027 parce qu'on sait l'impact quand nos athlètes brillent à domicile, c'est plus de partenaires, plus de financements publics et, in fine, probablement plus de licenciés.

« TOUTE L'EUROPE SOUFFRE DE SON CYCLISME SUR ROUTE »

Pour revenir à une autre actualité, est-ce que vous allez vous représenter à la présidence de la FFC ?
J'aurai l'occasion d'annoncer les choses très clairement, que ce soit oui ou non, d'ici la fin de semaine prochaine (interview réalisée pendant le Championnat du Monde à Zurich, NDLR).

Un candidat, Teodoro Bartuccio, s'est déjà déclaré (lire ici) avec le soutien notamment de Marc Madiot, qui siège au Conseil d'Administration de la LNC.
La Ligue a officiellement exprimé une position de neutralité. Mais, effectivement, des acteurs du monde professionnel se sont positionnés en faveur de cette candidature. J'attire simplement l'attention de tous sur le fait d'être très vigilant à considérer que la gouvernance d'une Fédération est quelque chose de très compliqué parce qu'il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte. Il y a beaucoup d'expérience à mobiliser, et quels que soient les gouvernants à venir de la Fédération Française de Cyclisme, notamment dans nos départements, dans nos régions, dans les différentes strates fédérales, pour animer une fédération en la préservant d'un certain nombre de dangers. On voit à chaque Olympiade un certain nombre d'accidents de parcours se produire dans une ou l'autre Fédération olympique et je ne le voudrais surtout pas pour la Fédération Française de Cyclisme.

On sent que le climat est compliqué, avec des divisions…
Je ne parlerais pas de climat compliqué. Il y a une difficulté de fond dans le sport cycliste, c'est celle du cyclisme sur route. J'échange beaucoup avec mes homologues européens et il ne faut surtout pas croire que c'est un problème franco-français. Toute l'Europe souffre de son cyclisme sur route pour les mêmes raisons : la difficulté d'accéder à la route, que ce soit pour l'entraînement ou les compétitions, même pour les organisateurs professionnels, y compris ASO parfois. On sait que notre terrain de jeu est très compliqué. C'est difficile aussi dans tous les pays européens, parce que l'évolution de notre sport a fait se réduire à peau de chagrin la partie du monde amateur qui était une tradition européenne. Ce sont des difficultés auxquelles nous sommes confrontés et qui peuvent créer un malaise et du découragement chez nos dirigeants. Je comprends que dans ces circonstances, on considère que c'est la faute de la fédération. Je l'admets, c'est presque naturel d'avoir ce réflexe. Il faut dépasser ce cadre-là. Il y a beaucoup d'expériences très vertueuses dans nos clubs qui s'emparent de tous les projets de développement que la Fédération propose. Il faut aller chercher un second souffle ailleurs. Le bon côté des choses est que nous avons une Fédération très éclectique. Nous avons plusieurs disciplines et certaines d'entre elles surperforment comme le BMX où les clubs sont pleins. Le VTT a un regain de vitalité grâce aux résultats de Pauline (Ferrand-Prévot). C'est pourquoi je ne parlerais pas de mauvais climat ou de morosité mais il y a des personnes en difficulté. Il faut les entendre et essayer d'apporter une aide.

Pour la route, il y a une diminution du nombre de courses Élites, moins de coureurs engagés, moins de clubs de haut niveau... Que faire pour inverser la tendance ?
Peut-être qu'il faut qu'on soit raisonnable et ne pas chercher à vouloir refaire le cyclisme des années 60. Ce n'est plus celui-là qui sera devant nous. Regardez simplement le souhait des coureurs, quel que soit leur niveau, de réduire leur nombre de jours de course parce qu'il y a d'autres méthodes d'entraînement. Là où il faut être lucide, c'est d'arrêter de croire qu'il y a une baguette magique et qu'en appuyant sur je-ne-sais quel bouton, pour les nostalgiques, ce cyclisme des années 60-80 peut revenir. C'est une illusion et ce n'est peut-être pas la bonne direction, en tout cas, ce ne sera pas celle que prendront les pays concurrents. Ce qui m'intéresse c'est qu'on ait un cyclisme qui reste attractif dans toute sa diversité, qui soit capable de se préoccuper de tous les enjeux sociétaux liés au vélo, car nous avons cette chance d'être un sport qui se pratique sur le vélo justement, et d'intéresser les collectivités grâce à ça. Et puis un cyclisme, surtout, qui reste performant au niveau sportif. Et parfois, la performance naît d'autre chose que du volume.

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