DAD : Les coureurs réclament de la cohérence

Crédit photo Michaël Gilson / DirectVelo

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Ils s’y attendaient mais ne pouvaient s’empêcher d’y croire malgré tout. Avant que la décision ne tombe à 48h de l’événement. Ce vendredi, les coureurs engagés sur Dijon-Auxonne-Dijon (Élite Nationale) ont appris le report de la Classique côte-d’orienne. Je m’y attendais en début de semaine. Et puis, les jours passant, je me suis dit que ça devait être bon. Mais non... C’est un petit coup sur la tête, d’autant que cette course me convenait bien. Je l’avais à l’esprit depuis un moment”, regrette Loris Trastour auprès de DirectVelo. Comme le coureur d’AG2R Citroën U23, Louka Pagnier (VC Villefranche Beaujolais) est lui aussi frustré. “On n’était sûr de rien, on restait à l’aveugle. On se préparait quand même à courir, au cas où. Notre DS nous avait dit qu’on aurait la réponse ce vendredi midi. On attendait la décision du préfet, il faut l’accepter”.

Membre du VCU Schwenheim, Johan De Jonckheere analyse la situation avec fatalisme. “Je ne suis pas plus déçu que les week-ends précédents. J’avais ambitionné un gros début de saison, à la base, comme ça doit être ma dernière saison à ce niveau. J’avais coché les Plages vendéennes, les 4 Cantons, Bordeaux-Saintes, la Suisse vendéenne, le Bobet, le Morbihan, la Boucle de l’Artois… Aucune de ces courses n’a eu lieu. On s’entraîne puis le jeudi ou le vendredi, on nous dit que ça ne partira pas…”. Du côté du SCO Dijon, le club organisateur de l’épreuve, la déception est bien sûr très importante. “On est tous très déçu. C’est l’une des plus belles courses de l’année. Notre staff nous a informés que le préfet avait dit non, jeudi, mais ils ont essayé de le faire changer d’avis en sollicitant la FFC pour qu’elle insiste auprès de la préfecture, explique Mathieu Pellegrin. Le club nous a dit qu’il allait tout faire pour que ça tienne, mais ça ne l’a pas fait. On y croyait car il y a eu une course à moins de 90 kilomètres d’ici il y a une semaine… C’est dur de s’y retrouver”, remarque-t-il en évoquant le GP de Pouillenay. 

AVOIR UNE VISION POUR ADAPTER UN CYCLE D’ENTRAÎNEMENT

Au-delà de cette annulation, les coureurs commencent à exprimer un certain ras-le-bol. Bien qu’ils comprennent la délicatesse de la situation actuelle, ils souhaiteraient être fixés plus tôt et ne pas être contraints d’attendre, chaque fin de semaine, s’il sera possible de courir deux jours plus tard. “Lorsque les nouvelles mesures gouvernementales sont tombées, on pensait ne plus courir. On a été surpris de pouvoir faire le GP de Pouillenay et le chrono par équipes régional d'Auvergne-Rhône Alpes. On s’est dit que c’était peut-être bon, finalement. Mais ça se complique une nouvelle fois. On est parti pour quatre semaines délicates, c’est vraiment dommage. Est-ce qu’il y aura le Tour de Saône-et-Loire ? Personne n’en sait rien”, concède Loris Trastour, lequel a pu finalement se rabattre sur le Grand Prix L'Échappée disputé ce dimanche en Suisse, à Martigny (Valais). “Ce serait bien d'être calés pour prévoir un planning d'entraînement. Si c’est pour se préparer chaque semaine avant d’apprendre le vendredi qu’on ne court pas, ce n’est pas cohérent. On aimerait savoir pour quelle raison on va rouler. Ce vendredi matin, j’ai fait une séance de derrière scooter sur mon vélo de chrono, en préparation des deux courses à venir, mais qui peuvent passer à la trappe. Ce n’est pas confortable”.

Même son de cloche pour Mathieu Pellegrin, qui réclame une vision non pas à long terme, mais au moins à l’échelle d’un petit mois. Histoire de s’organiser au mieux et de gérer un semblant de forme. “Là, c’est négatif. On ne sait pas à quoi s’en tenir. Le plus dur, c’est l’incertitude. C’est difficile de s’entraîner fort, ou de couper, car on ne sait pas ce qui nous attend… On a la chance d’avoir un staff prêt à tout pour nous faire courir, quitte à traverser la France pour une 1.2.3, et je sais que c’est pareil dans tous les clubs. Tous les staffs font au mieux pour leurs athlètes. Si ça ne tenait qu’à moi, je préférerais encore qu’on me dise qu’il n’y aura plus rien jusqu’au 1er mai”. À contre-coeur, bien sûr, mais avec la volonté d’être dans la situation la moins mauvaise possible. J’aime le vélo, je veux courir, mais je n’ai pas envie d’être entre deux eaux pendant des mois. Je veux être fixé et ne pas apprendre tous les vendredis qu’on ne peut pas courir 48h plus tard. S’il faut se passer des courses pendant un mois, on fera d’autres choses, comme l’an passé lorsque j’ai fait un roadtrip avec des potes. On s’adaptera. Mais je veux qu’on soit fixé !”

L’IMPRESSION DE FAIRE LES CHOSES POUR RIEN

Un avis partagé également par Johan De Jonckheere qui, en tant que coureur de N2, ne devrait de toute façon plus avoir la possibilité de courir dans les semaines à venir. “A force, on a l’impression de faire les choses pour rien, alors j’ai décidé de lever le pied et de miser sur une nouvelle période plus tardive, à l’été. Il est inutile d’avoir un pic de forme maintenant. Je plains les jeunes de 18-19 ans qui ne peuvent pas courir. Je pense à eux mais aussi aux organisateurs qui se battent dur jusqu’au bout et parfois pour rien. Ils sont courageux. Mais là, c’est néfaste pour tout le monde : coureurs et staff. On ne peut pas continuer indéfiniment dans l’inconnu. On s’entraîne mais on ne court pas pendant trois semaines…”.

D’ailleurs, l’athlète de 27 ans avait déjà pris les devants en façonnant son calendrier des semaines à venir. “Personnellement, je comptais faire une coupure après « DAD » de toute façon car cette situation est très compliquée. L’autre jour, je discutais avec Romain Feillu qui m’a dit qu’il en était à son quatorzième jour de course de la saison alors que j’en étais à trois fois moins. Et ça se sent en course : on ne peut pas peser sur le final ou attaquer. Des inégalités se créent. Les DS se donnent du mal mais il n’est pas possible d’inscrire tout le monde sur le peu de courses qu’il reste au calendrier. Dans ces conditions, c’est dur de s’y retrouver. Franchement, je ne prends aucun plaisir depuis le mois de février. À ce stade, il serait préférable qu’on nous dise qu’on ne court plus jusqu’à telle date, même si ça doit être le 1er juillet”

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